Têtes en friche

Je viens de lire deux livres très différents portant finalement sur le même thème : comment entrer en lecture, quand, pour une raison ou une autre, on n’y est pas entré petit?

Dou G., vieille femme lisant un livre, 1670-75Version « austère » et plutôt pessimiste : Les amandes amères, de Laurence Cossé. Fadila, marocaine de 65 ans, fait un peu de ménage chez Edith, qui découvre qu’elle est analphabète, et, sur un coup de tête, lui propose de lui apprendre à lire le français. Cet apprentissage s’avère beaucoup plus difficile que prévu… Après plus d’un an de séances plus ou moins efficaces, voilà ce que ça donne : « Edith montre MA, le début de MADAME, Fadila lit Fa. Aï, le début de Aïcha, Fadila lit NASSER. » Mais à travers ce parcours très chaotique autour de la lecture et qui se révèle plus ou moins un échec, c’est toute la douloureuse existence de Fadila que découvre Edith et c’est peut-être là que réside la réussite de cette drôle d’amitié. (tableau que m’a fait découvrir mon amie Maryline, de G. Dou, 1670-75)

La tête en friche Version optimiste et tendre : La tête en friche, de Marie-Sabine Roger. J’avais lu pas mal de livres de littérature jeunesse d’elle, toujours de très bonne qualité, et j’ai passé un délicieux moment avec Germain, quadragénaire bourru qui croit que Maupassant a écrit un guide (ben oui, guide Maupassant) et Margueritte (avec deux « t »), presque nonagénaire, cultivée et pleine de curiosité.

Ces deux-là n’avaient rien en commun et pourtant… Il paraît qu’il en est sorti un film, j’imagine sans peine un film d’après cette histoire, tant c’est drôle et vivant, et même si j’ai une dent contre Depardieu depuis sa trahison, je serais peut-être tentée.

Je ne résiste pas à vous faire partager un extrait :

Là où j’ai été un peu déçu, en revanche, c’est pour tomate, pour laquelle on peut lire : plante herbacée annuelle (Solanacées) cultivée pour ses fruits, et jusque là d’accord. Mais un peu plus loin : V. Olivette. Et je dis : non. Solanacées tant qu’on voudra, mais pourquoi juste Olivette ? Pour faire croire aux gens qu’il n’y aurait que ça comme variété ? Ils sont payés pour faire court, ou quoi, les écrivains de dictionnaires ? C’est pour faire des économies de papier, qu’ils n’en mettent pas plus, ou bien parce que les gens cultivés n’en ont rien à cirer de ce qui se cultive ?

Plus loin : L’affection, ça grandit sous cape, ça prend racine malgré soi et puis ça envahit pire que du chiendent. Ensuite c’est trop tard : le coeur, on ne peut pas le passer au Roundup pour lui désherber la tendresse.

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3 commentaires pour Têtes en friche

  1. reine marie dit :

    Merci Sandrine, grâce à toi je replonge dans mes lectures ; mon carnet n’a pas refait surface ! je devrais peut-être m’attacher à l’ordi. Merci de renouveler mon plaisir de lecteur amnésique.

  2. Arrivé ici via le billet du jour, je note ce titre là qui me parait moins rude pour découvrir Marie-Sabine Roger.
    Merci !

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