L’homme qui savait la langue des serpents

L'homme qui savait la langue des serpents Difficile de parler de ce livre fascinant, écrit par Andrus Kiviräkh, auteur estonien, en 2007. Dans cette histoire, située dans un moyen-âge fantaisiste, il est question du dernier homme à savoir parler la langue des serpents. Cette langue, il la tient de son oncle et elle lui permet d’avoir comme meilleur ami un serpent, de converser avec les ours, d’immobiliser un lièvre pour le tuer ou d’appeler une louve pour la chevaucher ou la traire. Mais dès le début du roman, on sait qu’une époque s’achève : « Il n’y a plus personne dans la forêt. » « Moi, ça fait un certain temps que ça me fatigue, d’être toujours le dernier. Le dernier homme de la famille, le dernier garçon à être né dans la forêt. Et maintenant, le dernier à avoir vu cette bestiole géante. Pourquoi toujours moi ? » Plus que lui, Leemet, sa sœur Salme qui se met en ménage avec un ours, sa mère qui n’aime rien tant que faire cuire un élan entier, deux hommes vivant comme au temps de la préhistoire, un pou apprivoisé, un vieux dingue qui croit aux génies, un grand-père qui fabrique une paire d’ailes avec des os humains. Alors où sont partis les autres ? Au village, attirés par les « hommes de fer », par les espaces découverts, par le pain et les chants des moines. Leemet, fasciné comme les autres, surtout par les jolies villageoises, ne peut toutefois quitter cette forêt qui l’a vu grandir.

C’est donc tout d’abord un récit foisonnant, fabuleux, aux personnages complètement incroyables, plein d’humour et de péripéties. Mais au-delà de la fable, c’est un roman qui parle de ce pays, l’Estonie. « Les Estoniens sont très fiers d’avoir pu conserver durant des millénaires leur idiome pré-indo-européen et la culture qu’il véhicule, mais ils se sentent menacés par la modernité » précise le traducteur, la forêt et le village sont donc à lire comme des symboles de cette situation. Enfin, c’est une histoire tragique, d’une grande tristesse malgré l’humour, qui parle de fin d’un monde et d’irrémédiable solitude. « Tout a une fin. Le dernier homme pourvu de crochets à venin, et qui savait voler par-dessus le marché, est mort aujourd’hui. Dans l’avenir, les gens penseront que de telles choses n’existent que dans les contes de fées. » Le tout servi par une très belle langue et un style riche.

Un grand merci à mon frère et ma belle-sœur Kadri, qui est estonienne et m’a offert ce roman. Il se trouve qu’en plus, je connais le traducteur, qui est un ami de Kadri !

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3 commentaires pour L’homme qui savait la langue des serpents

  1. keisha41 dit :

    What! Tu connais le traducteur, auteur de l’excellentissime Poésie du gérondif! (j’espère que tu as lu ce bouquin, sinon… ^_^)
    Non, ce roman de K je l’ai dévoré en deux jours et demi!!!

    • sandrion dit :

      Oui !! j’ai même mangé avec lui 🙂 et non je ne connais pas « poésie du gérondif » mais si tu en dis du bien… Ce bouquin m’avait fascinée… On retrouve l’atmosphère de l’Estonie où j’ai passé 10 jours il y a qq années

      • keisha41 dit :

        Ah je suis trop jalouse! Il te faut absolument lire Poésie du gérondif! Ce n’est pas un roman, c’est un truc inclassable (je raffole de trucs inclassables) , c’est drôle et érudit, bref, c’est trop court!

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