Deux caravanes

Deux caravanes Voici le troisième livre de cet auteur que je lis, après Une brève histoire du tracteur en Ukraine (qui reste mon préféré) et Des adhésifs dans le monde moderne dont j’ai déjà fait le compte rendu ici.

L’histoire se passe en Angleterre, dans deux caravanes bien sûr, posées sur un champ de fraises. Dans la caravane des hommes, Andriy, Vitaly, Thomasz et Emmanuel ; dans celle des femmes, Yola, deux chinoises (dont on n’apprend pas vraiment le nom) et Marta. Tous travailleurs plus ou moins clandestins, exploités par celui que les femmes appellent « Gros Chou ». Débarque tout droit de Kiev la jeune, fraîche et naïve Irina, qui va bouleverser un équilibre qui était bien précaire. En effet, le gangster russe qui l’a amenée dans ces champs de fraises la kidnappe et Andriy, pas insensible au charme d’Irina, va chercher à la retrouver.

L’histoire, comme toujours chez M. Lewicka est complètement rocambolesque et pleine de rebondissements inattendus, mais dans ce roman, on sourit plus qu’on ne rit et certains passages sont franchement sombres, en particulier celui où Andriy, dans sa quête d’Irina, se retrouve à travailler dans une usine de volailles. L’auteur montre bien le côté très rude des conditions de travail de ces immigrants venus d’Europe de l’Est, et sa critique des filières plus ou moins mafieuses qui les emploient est explicite. « Est-il réellement plus libre que ces poulets dans leur hangar, lui qui s’entasse avec cinq inconnus dans une petite chambre puante en se soumettant humblement à une horreur quotidienne qui est déjà devenue une routine ? »

Ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est le travail et le jeu sur la langue, tous ces travailleurs parlent anglais de façon très aléatoire et les chapitres nous font voir les situations selon le point de vue, et la façon de parler, des différents personnages. Emmanuel, qui vient du Malawi, écrit à sa sœur dans un langage très drôle (« Nous avons fait un grand feu de camp que nous avons allumé avec beaucoup de battage enfiévré et de fumée« ), Yola demande : « Pourquoi tu pas venir avec nous Pologne, Emmanuel ? » et Vulk fait trembler Irina en lui susurrant : « Petite fleurrr croire peut échapper Vulk… » Même le chien, qui accompagne Andriy, donne son point de vue de chien sur la question.

L’histoire d’amour entre Andriy et Irina est vraiment très bien vue. « Cette fille – il a beau l’approcher avec patience et méthode, elle est plus imprévisible qu’une boîte de vitesses qui saute. » Et effectivement, entre la capricieuse Irina qui croit au grand amour, et le mineur Andriy, un peu fruste, ça n’ira pas tout seul…

Un roman à la fois léger et profond, d’une grande humanité.

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Un commentaire pour Deux caravanes

  1. mrspepys dit :

    Les lettre d’Emanuel sont extraordinaires… Je suis vraiment curieuse de lire l’auteur en VO pour mesurer le travail de la traductrice.

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