Le goût de l’immortalité

Le goût de l'immortalitéLa lecture d’un article du blog de Keisha a attiré mon attention sur ce livre, que je n’aurais, sinon, jamais pris à la bibliothèque : je délaisse en général le rayon « SF ». Mais bien m’en a pris, c’est un roman à la plume originale et de qualité, à l’imagination débordante. Attention, c’est plus que noir, c’est dense et épais, et la vision du monde à venir désespérément désespérante.

EN 2304, une vieille dame raconte à un destinataire dont le lecteur ne saura jamais grand-chose, sous forme de lettre (avec un clin d’œil aux Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar, qui commence de la même manière « mon cher Marc » et consiste également en une longue lettre faisant office d’autobiographie) toute sa vie des deux derniers siècles, et on ne saura qu’à la fin du roman par quel « miracle » sa vie est aussi longtemps prolongée. On plonge dans un univers très particulier, où la pollution a tout envahi, où les riches vivent en haut des immenses tours, toujours en guerre contre la suburb, vivant au sol dans des conditions effroyables. Pratiquement plus d’eau, presque plus de plantes ou d’animaux. (les noms de plantes ou d’animaux ont une majuscule alors que les humains, non). Sur ce décor très sombre se débattent des personnages dont certains sont réellement sans scrupules.

Au début du roman, la narratrice prévient son destinataire : « J’hésite sur la forme. Quant au fond, je peux déjà vous promettre de l’enfant mort, de la femme étranglée, de l’homme assassiné et de la veuve inconsolable, des cadavres en morceaux, divers poisons, d’horribles trafics humains, une épidémie sanglante, des spectres et des sorcières, plus une quête sans espoir, une putain, deux guerriers magnifiques dont un démon mythomane et une, non, deux belles amitiés brisées par un sort funeste, comme si le sort pouvait être autre chose. A défaut de style, j’ai au moins une histoire.Par contre, n’attendez pas une fin édifiante. N’attendez pas non plus, de ma part, ni sincérité ni impartialité : après tout, j’ai quand même tué ma mère. Ce n’est pas un sujet qui peut se passer de mensonges.

Et une des dernières phrases : « La vie est une drogue terrible, vous le savez bien. »

 

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2 commentaires pour Le goût de l’immortalité

  1. keisha dit :

    Il y a des bibliothèques où le rayon SF (et polar aussi) est bien à part, d’autres où tout est mélangé, y compris sur les étagères de présentation. Les deux choix ont leurs avantages et leurs inconvénients… Je privilégie la SF qui est d’abord un bon roman, si ensuite c’est SF, peu importe.
    Ton billet me rappelle que j’avais mis dans un coin de cerveau l’idée de lire Yourcenar… C’est cela, la lecture, une en entraîne une autre.
    J’ai aussi fait un petit tour dans ton blog!

    • sandrion dit :

      Dans ma médiathèque, c’est séparé. Moi aussi j’aime ces liens entre les blogs et les lectures, ces partages qui ont considérablement enrichi ma pratique des livres. Les mémoires d’Hadrien est un très très grand livre, un des rares que j’ai lu plusieurs fois. Bonne découverte alors !

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