Le vase où meurt cette verveine

Le vase où meurt cette verveine Beau titre, n’est-ce pas ? Frédérique Martin l’a emprunté à R.F. Sully Prudhomme et place en exergue des quatre parties de son roman, les quatre strophes du poème, qui sont évidemment une sorte de métaphore du récit.

Joseph et Zika sont de la génération de couples qui ne se sont jamais séparés. Après 56 ans de vie commune, ils sont amoureux comme au premier jour, mais des problèmes de cœur demandent que Zika soit soignée à Paris. Comme aucun des deux enfants ne peut accueillir les parents ensemble, Isabelle prend sa mère chez elle dans la capitale et Gauthier son père dans le Sud. Tout le roman est épistolaire et contient les lettres éplorées que s’envoient ce vieux couple déchiré par cette séparation forcée, une séparation plus longue que prévue… Le roman traverse les quatre saisons d’une année, qui verra bien des souffrances et des drames…

Ce récit commence de façon très douce, « ma très chère femme », « mon très cher mari », mais on a vite le cœur serré face au réel désespoir des deux amoureux, que le manque, physique comme moral, étreint. Peu à peu, les non-dits, les règlements de compte refont surface, un peu entre eux deux mais surtout dans leur lien aux enfants devenus adultes, et ils découvrent des facettes du caractère d’Isabelle et Gauthier pour le moins inattendus.

« Dans leurs premières années, les enfants ont un don pour nous pardonner. Sans leur bienveillance, nous ne traverserions pas l’épreuve d’être parents. Ils ignorent nos faiblesses, nous croient sur parole et espèrent en nous, plus que nous-mêmes. Sans lucidité, cette loyauté finit par les asservir, ou bien elle les écrase et dévore toute leur capacité de confiance. Il faudrait dire aux enfants qu’ils ont des attentes démesurées, que les hommes sont trop vulnérables pour se hisser à l’égal d’un dieu. Les prévenir pour qu’ils puissent passer à autre chose et laisser derrière eux les indésirables. Les éparpiller comme des petits poulets en leur criant : je ne suis pas celui que tu vois ! Jeter le grain plus loin que soi. Mais, pour cela, il faudrait s’armer d’un courage immense et renoncer à se sentir merveilleux. »

C’est un très beau livre, poignant et parfois dérangeant. L’avis d’Aifelle, que je partage.

Le poème de R.F. Sully Prudhomme ci-dessous (et la verveine joue un vrai rôle dans le roman !)

Le vase où meurt cette verveine
D’un coup d’éventail fut fêlé ;
Le coup dut effleurer à peine :
Aucun bruit ne l’a révélé.

Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D’une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.
[…]

Souvent aussi la main qu’on aime,
Effleurant le coeur, le meurtrit ;
Puis le coeur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;

Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n’y touchez pas.

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5 commentaires pour Le vase où meurt cette verveine

  1. aifelle dit :

    Je garde un bon souvenir de cette lecture, et des dernières pages qui m’ont paru si fortes.

  2. Je le note car je veux absolument le lire. J’aime bien quand c’est écrit sous forme de lettres et le titre est si beau. Puis ce que tu en dis, je ne veux pas passer à côté.

    • sandrion dit :

      C’est vraiment un beau roman, pas banal malgré ce qu’on pourrait en penser aux premières lignes. Le titre est magnifique et c’est ce qui m’a attirée en premier ! Bonne lecture !

  3. Jackie Brown dit :

    En effet, quel beau titre. Ton billet évoque bien le côté poignant du roman.

    • sandrion dit :

      Merci de ton commentaire ! J’aime ces titres empruntés à de « beaux vers ». C’est attirée par le titre, un demi-vers de Verlaine, que j’ai lu « et mon cœur transparent » de V. Ovaldé.

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