Le baron perché

Le baron perché Cela fait bien longtemps que je voulais lire cet ouvrage d’Italo Calvino, cet auteur italien qui a écrit ces drôles de petits romans que sont Par une nuit d’hiver un voyageur ou Marcovaldo. Dans celui-ci, écrit en 1957, l’histoire se déroule au XVIIIe et commence par une banale dispute entre le baron Arminius Laverse du Rondeau et son fils Côme de 12 ans qui refuse catégoriquement de manger des escargots. Ce qui est moins banal c’est la réaction de Côme qui quitte la cuisine, sort dans le jardin et grimpe dans l’arbre… pour ne plus en descendre.

Au début, le lecteur hésite sur l’attitude à adopter face à cette situation bien fantaisiste, et puis, pris par l’écriture fraîche, alerte, légère de l’auteur, on adhère, on accepte et on suit les aventures de ce petit « baron perché », racontées par son frère, Blaise, resté à terre et tout admiratif de l’audace de son aîné.

C’est magnifique cette histoire, entre Robinson (il faut beaucoup d’astuce et d’inventivité à Côme pour survivre – manger, se loger, faire ses besoins – dans les arbres) et Candide : en effet, le monde est bien différent, vu d’en haut, et les autres aussi vous regardent autrement. Côme suscite vraiment la sympathie, il est en retrait sans être dans une tour d’ivoire : il participe à sa façon à la vie politique, rencontre même un peuple espagnol en exil dans les arbres, connaît l’amour et communique même avec les philosophes des Lumières ! Le narrateur rencontre Voltaire à Paris qui lui demande :

« – C’est chez vous, mon cher chevalier, qu’il y a ce fameux philosophe qui vit sur les arbres, comme un singe ?

Moi, flatté, je ne pus m’empêcher de lui répondre :

– C’est mon frère, monsieur, le baron du Rondeau.

Voltaire se montra fort surpris ; le frère de ce phénomène lui paraissait sans doute une personne bien normale. Il me posa plusieurs questions, dont celle-ci :

– Mais c’est pour approcher du ciel que votre frère reste là-haut ?

– Mon frère soutient, répondis-je, que pour bien voir la terre, il faut la regarder d’un peu loin.

Voltaire apprécia beaucoup cette réponse. »

L’humour est toujours présent, mais il permet une vraie réflexion et la métaphore de l’homme dans les arbres est riche de sens variés !

Pour le challenge « un classique par mois » – février

challenge classiques 2014Une critique complète et intéressante ici.

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4 commentaires pour Le baron perché

  1. keisha41 dit :

    J’aime Calvino, mais celui -ci , pas lu!

  2. Marion dit :

    J’ai lu ce livre quand j’étais au collège (j’avais une prof de français absolument géniale !) et je m’en souviens encore. Je retrouve exactement dans tes mots l’atmosphère dont je me souviens… à la fois surprenante et comme « simplement naturelle ». Peut-être que le mot « lucidité » conviendrait ici pour définir ce petit baron perché. En tout cas, pour aborder toutes les « grandes questions » avec des jeunes de 14 ans, Nicole (c’était ma prof adorée) avait fait fort !
    Merci de ce billet, mon passage par ici fut très agréable.
    A bientôt.
    Marion

    • sandrion dit :

      Merci pour ta réponse, Marion, et reviens quand tu veux ! Du coup, tu me donnes bien envie de le donner à lire à mes élèves ce « baron perché » !

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