Le feu

Le feuVous avez remarqué que je poursuis mes livres sur la guerre… J’ai découvert ce livre écrit en pleine Grande Guerre (1915) par Henri Barbusse qui a été soldat sur le front, et a obtenu le prix Goncourt dès 1916 ! Et bien mérité d’après moi, tant il y a à la fois du Zola et du Céline dans ces pages.

La force du roman tient à plusieurs éléments : tout d’abord le narrateur en « je », proche de l’auteur bien sûr, n’a pas de nom, il observe, écoute, retranscrit la parole des camarades de son escouade (le sous-titre est « journal d’une escouade ») qui prennent vie sous nos yeux, chacun avec son parler savoureux, son caractère. Ensuite c’est un récit entre témoignage et roman, à la fois racontant des faits réels, retraçant de façon apparemment très juste la vie quotidienne dans les tranchées et les événements de guerre (le bourrage de crâne, les embusqués et les profiteurs de guerre, les problèmes de cantonnement dans les villages, etc.), chaque chapitre évoque d’ailleurs un aspect de la vie de ces soldats, « la permission », « bombardement », « corvées », etc., et en même temps prenant de la hauteur, construisant son récit de manière à introduire des éléments symboliques, par exemple.

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui fait exister de façon très forte ces hommes simples, extrêmement humains. J’ai adoré leur façon de parler, rendue de façon savoureuse par Barbusse :

« J’t’en foutrai moi ! gronde Lamuse. Attends voir comme j’le f’rais décaniller du pajot, si seulement j’étais là. J’te l’réveillerais à coups d’tartine sur la tétère, et j’te l’poisserais par un abattis…« ou le personnage nommé Volpatte râlant contre ceux, à l’arrière, qui font comme s’ils étaient des héros : « qu’i filonnent, bon, c’est humain, mais qu’après i’viennent pas dire : ‘j’ai été un guerrier’ »

Certains passages sont très durs, évidemment, surtout qu’on s’attache aux personnages et que la mort inévitable d’une partie d’entre eux nous atteint. On sent que Barbusse dénonce largement la barbarie et l’absurdité de cette guerre comme on le voit dans cette discussion qui m’a rappelé En attendant Godot, de Beckett :

« – On s’embête, dit Volpatte.

– On tient ! ronchonne Barque.

– Faut bien, dit Paradis.

– Pourquoi ? interroge Marthereau sans conviction.

– Y’a pas besoin d’raison, pis qu’il le faut. »

challenge classiques 2014

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10 commentaires pour Le feu

  1. univerzoro dit :

    très bon livre, on peut aussi le trouver en gratuit numérique.
    ce genre de roman témoignage doit nous donner une leçon et le gout pour trouver des voies possibles ailleurs que dans les guerres qui ne profitent qu’à une seule catégorie de gens alors que les autres vont se faire détruire dans les pires souffrances …

    • sandrion dit :

      Tout à fait d’accord… « Y aura plus de guerre quand l’esprit de la guerre sera vaincu ! » dit l’un des personnages… Le moins qu’on puisse dire presque 100 ans plus tard, c’est que c’est pas gagné…

      • univerzoro dit :

        il y a de très belles phrases dans ce livre, j’en ai noté quelques unes. Dommage qu’une si horrible expérience ne peut changer universellement les choses … mais c’est à ceux qui reçoivent ces paroles de continuer à les diffuser et à les partager … une étincelle pris à tout ce feu …

      • univerzoro dit :

        il repassait sur arte « a l’ouest rien de nouveau » adapté du bouquin, très bon livre aussi sur la guerre de 14, mais qui aura été mal compris aussi, au vu de l’eternel recommencement …

      • sandrion dit :

        Je l’ai lu il y a longtemps ce livre de Remarque… Moi aussi j’ai noté de nombreuses phrases du Feu, d’autant que je vais devoir l’étudier avec des élèves l’an prochain !

      • univerzoro dit :

        ça ne peut faire que du bien aux jeunes, le feu je l’ai découvert que récemment mais « à l’ouest… » je l’ai lu étant ados de mon propre chef, ça m’avait marqué. je devrais le relire. mais le feu, pour apporter la conscience de l’horrible pendant une guerre est assez marquant aussi, ce qui nous ramène aussi aux guerres et pseudo guerres actuelles, malheureusement, l’humain n’améliore pas son sort ou du moins les terribles expériences ne servent que très localement et encore, on se demande si c’est du au hasard ou à une vrai réflexion … bref …

  2. aifelle dit :

    J’ai dû le lire quand j’étais jeune (j’en ai lu tellement que ça se brouille un peu avec le temps). L’avantage, c’est qu’il a été écrit par quelqu’un qui l’a vécu, sur le vif, il y a donc le langage de l’époque, l’état d’esprit, il n’y a pas de reconstruction mentale autour comme aujourd’hui (j’ai Genevoix sur ma PAL, celui-là, je suis sûre de ne pas l’avoir lu).

  3. C’était un classique des classes de 3e il y a une vingtaine d’années!…
    Mémé Christine, un peu nostalgique…

    • sandrion dit :

      Christine, ça me fait très plaisir de te lire ici 🙂 J’imagine très bien qu’il ait pu être lu en 3e il y a 20 ans… ce serait plus dur maintenant ! En tout cas c’est un roman extrêmement riche.

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