Le grand Coeur

Le grand coeurJ’ai de bons et de moins bons souvenirs de mes lectures des romans de Jean-Christophe Ruffin : Rouge Brésil m’avait captivée, Salamandre m’avait beaucoup déçue. Avec Le grand Cœur, je suis clairement réconciliée avec cet auteur : quel bon roman !

L’auteur retrace le parcours d’un homme extraordinaire qui est Jacques Cœur. Il imagine ce personnage sur l’île de Chio, au moment de son exil volontaire, écrivant ses mémoires, menacé, solitaire (malgré la présence du beau personnage – inventé celui-ci – d’Elvira) mais libre intérieurement. Jean-Christophe Ruffin choisit un ton intimiste très juste pour ce récit à la première personne dans lequel Jacques Cœur revient sur les différentes étapes de sa vie, son enfance dans le milieu des fourreurs modestes de Bourges, sa rencontre et sa relation ambigüe avec le roi Charles VII, son ascension sociale et sa richesse due à sa position de monnayeur, sa découverte de l’Orient et sa relation amoureuse avec Agnès Sorel (celle qu’on voit, peinte par Fouquet, sur la première de couverture). C’est un personnage que l’auteur a su rendre extrêmement attachant, un être porté par les rêves et la soif de liberté, d’absolu et de justice mais également sensuel et pragmatique, qui a inventé une nouvelle forme de commerce, dont on suit avec passion les divers heurs et malheurs dans cette époque riche et troublée du début du XVe siècle.

(il évoque sa rencontre avec les peintres florentins) « Ce quelque chose, je le reconnaissais : c’était l’immense domaine du rêve. L’humanité tient de lui sa noblesse. Nous sommes humains parce que nous avons accès à ce qui n’existe pas. Cette richesse n’est pas donnée à tous, mais ceux qui cheminent jusqu’à ce continent invisible en reviennent chargés de trésors qu’ils font partager à tous les autres. »

« Le commerce, cette chose triviale, est l’expression de ce lien commun qui, grâce à l’échange, la circulation, unit tous les êtres humains. Par delà la naissance, l’honneur, la noblesse, la foi, toutes les choses qui sont inventées par l’homme, il y a ces humbles nécessités que sont la nourriture, la vêture, le couvert, qui sont  obligations de la nature et devant lesquelles les humains sont égaux. »

« A certains moments de la vie, face à l’énigme du monde et de l’avenir, tout être humain peut se sentir partagé entre une cause et son contraire. Le pas de l’une à l’autre est si court qu’on peut en un instant sauté d’un côté à son opposé avec la même facilité que l’enfant qui traverse un ruisseau à cloche-pied. »

Un coup de « cœur » pour Mrs Pepys comme pour moi !

Publicités
Cet article, publié dans littérature française, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

12 commentaires pour Le grand Coeur

  1. Manio dit :

    Je l’ai lu aussi avec beaucoup d’intérêt…merci pour ce billet!

  2. grigrigredin dit :

    Je n’ai encore jamais rien lu de Jean-Christophe Rufin et ce n’est pourtant pas faute d’en avoir envie… Il va vraiment fallloir que je prenne le temps car ton billet aiguise encore plus ma curiosité !

  3. aifelle dit :

    Noté depuis longtemps ; je finirai par y arriver 🙂

  4. sous les galets dit :

    Le XVè siècle est une période que je connais très peu en fait, la fin du Moyen âge a quelque chose d’un peu hybride que j’ai du mal à identifier. Je note celui-là, avec un enthousiasme pareil, comment résister?

  5. jerome dit :

    Jamais lu Rufin mais le collier rouge attend dans ma pal, donc je devrais le découvrir bientôt.

  6. modrone dit :

    Passionnant récit sur le grand Jacques Coeur, souvent précurseur.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s