Littoral – Incendies

IncendiesÇa fait un bon moment que je voulais découvrir l’oeuvre théâtral de Wadji Mouawad, et je viens de finir les deux premiers livre d’un cycle de 4 pièces intitulé Le sang des promesses.

Sur le blog de cet auteur, voici ce qu’on peut lire : « Le scarabée est un insecte qui se nourrit des excréments d’animaux autrement plus gros que lui. Les intestins de ces animaux ont cru tirer tout ce qu’il y avait à tirer de la nourriture ingurgitée par l’animal. Pourtant, le scarabée trouve, à l’intérieur de ce qui a été rejeté, la nourriture nécessaire à sa survie grâce à un système intestinal dont la précision, la finesse et une incroyable sensibilité surpassent celles de n’importe quel mammifère. De ces excréments dont il se nourrit, le scarabée tire la substance appropriée à la production de cette carapace si magnifique qu’on lui connaît et qui émeut notre regard : le vert jade du scarabée de Chine, le rouge pourpre du scarabée d’Afrique, le noir de jais du scarabée d’Europe et le trésor du scarabée d’or, mythique entre tous, introuvable, mystère des mystères.
Un artiste est un scarabée qui trouve, dans les excréments mêmes de la société, les aliments nécessaires pour produire les œuvres qui fascinent et bouleversent ses semblables. L’artiste, tel un scarabée, se nourrit de la merde du monde pour lequel il œuvre, et de cette nourriture abjecte il parvient, parfois, à faire jaillir la beauté. »

J’ai laissé l’extrait entier car c’est exactement ce qui ressort de ma lecture de Littoral et d’Incendies. Il fait sienne la belle formule de Baudelaire « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. »

Dans Littoral, le père de Wilfrid meurt, exactement au moment où Wilfrid, en plein acte sexuel, jouit : le thème est donné. Durant toute la pièce, Wilfrid cherche l’endroit idéal pour enterrer son père et parcourt le monde avec le cadavre de son père (qui parle) et la part de rêve en lui représentée par un chevalier (qui parle aussi).

Incendies commence aussi avec la mort, de la mère cette fois, qui lègue à ses deux enfants jumeaux, Jeanne et Simon, deux enveloppes destinées à leur frère et à leur père alors qu’ils pensaient être enfants uniques et que leur père était mort.Refusant tout d’abord ce legs étrange, ils partent finalement sur les traces d’un destin qui se révèle terrible…

Une langue extrêmement libre, originale et poétique, une beauté sombre, des scènes d’une grande violence… j’adorerais voir comment on peut mettre en scène un texte aussi libre et dense que celui-ci.

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9 commentaires pour Littoral – Incendies

  1. C’est pour moi un énorme coup de coeur, comme j’en ai rarement connus. J’en ai encore des frissons, ce roman est fort, puissant, il ébranle, il est extraordinaire. Il m’ a marquée à jamais.

  2. Je parlais d’Incendies car je n’ai pas encore lu Littoral. Bisous

    • sandrion dit :

      Tout à fait d’accord avec toi. J’ai encore en tête certaines scènes marquantes… et ton lapsus parlant de « roman » est parlant car on oublie, en lisant, que c’est du théâtre.

  3. aifelle dit :

    Je n’ai pas lu le texte, mais j’ai vu le film « incendies », qui est terriblement fort. J’imagine que c’est encore plus marqué avec le texte.

  4. milleetunefrasques dit :

    Il est sur ma PAL, il va falloir que je l’en sorte 😉

  5. Moi aussi j ai vu le film de Denis VILLENEUVE à sa sortie (facilement visible sur le net aujourd’hui ), éprouvant mais magnifique.

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