Joë

Joë« Devant ce lit aux draps d’une blancheur éclatante, devant les rayonnages de votre bibliothèque, cette certitude est devenue très concrète ; je saisis à votre chevet que l’invalidité n’existe pas, qu’elle n’est elle aussi qu’une création de l’esprit. […] l’esprit demeure, si la force d’inventer est intacte, on peut vivre, vivre vraiment, passionnément, intensément, et espérer le bonheur. Vous n’avez jamais été invalide, vous n’avez jamais été handicapé ; vous avez été meilleur, vous avez été plus créatif, vous avez pesé davantage sur le Destin des hommes ici, couché sur ce lit, qu’auparavant, courant de conquête en conquête, plein de vie et de santé. […] il me semble qu’en sortant de chez vous, je n’ai jamais été aussi vivant. »

Dans le livre Dans ma peau, que j’avais tant aimé, Guillaume de Fonclare racontait en parallèle sa propre histoire, marqué par une maladie auto-immune qui le contraint irrémédiablement à l’invalidité, et celles des soldats de 14-18 qu’il côtoyait, pour ainsi dire, en tant que directeur de l’Historial de la Grande Guerre, à Péronne. Ici, c’est à un de ces soldats qu’il s’adresse, Joë Bousquet, devenu poète suite ce qui lui arrive à la guerre : à l’âge de 21 ans, il est blessé d’une balle allemande qui le laisse paralysé des membres inférieurs. Il s’accroche pendant quelques temps à une possible guérison, puis choisit son destin : « vous édictez vos règles […] la majeure partie de votre vie, vous voulez la vivre loin de la lumière vive du jour, dans votre chambre, dans une nuit organisée, qui court de votre lever à votre coucher, et qui dure aussi longtemps que vous le souhaitez. Désormais, c’est vous qui décidez à quel moment l’extérieur s’immiscera à l’intérieur […] » Et l’extérieur, ce sont essentiellement des artistes, dont Max Ernst, son meilleur ami, mais aussi Paul Eluard ou André Breton, ainsi que des femmes, attirées par cet être assez extraordinaire. Sa force a marqué Guillaume de Fonclare et il parvient à nous le rendre, à nous aussi, incroyablement proche.

Aifelle, comme moi, a été marquée par cette lecture.

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6 commentaires pour Joë

  1. aifelle dit :

    Oh oui, un livre qui marque ; et un auteur qui compte. Il m’en reste un à lire et je m’en réjouis.

  2. Asphodèle dit :

    J’ai « Dans ma peau » qui m’attend, je m’en réjouis ! 😉 C’est Aifelle aussi qui m’a fait le noter, alors si tu t’y mets ! 😉

  3. lorouge dit :

    Un thème qui m’effraie de trop, je ne m’y lancerais pas…

  4. Ariane L dit :

    Décidément, cela me donne très envie de me lancer dans la lecture de « Dans ma peau » !

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