Le voyant

Le voyantPremier livre lu à Barcelone : Le voyant. C’est l’histoire vraie d’un homme au destin peu commun, Jacques Lusseyran, né en 1924, devenu aveugle à l’âge de 8 ans (à la suite d’un accident bête – comme le sont souvent les accidents), brillant élève auquel le gouvernement de Pétain refuse de passer les concours de Normale Sup  à cause de sa cécité, résistant à 17 ans, trahi par un camarade, arrêté par les Allemands et déporté à Buchenwald. Libéré en 1945, il écrit son autobiographie, et part enseigner la littérature aux Etats-Unis. Marié trois fois, il trouvera la mort à 47 ans.

Cet homme m’a fait un peu penser, par son parcours atypique et sa manière de transformer son handicap, d’en faire une chance et même un privilège, à Joë Bousquet. Ce qui m’y a fait penser aussi, c’est le lien entre cet homme et l’écrivain qui choisit de le faire exister par son livre. Joë Bousquet et Guillaume de Fonclare étaient tous deux voués à l’immobilité ; Jérôme Garcin justifie ainsi le choix d’écrire sur Jacques Lusseyran : « Une fois encore, une fois de plus, je pense à mon père, né à Paris après Jacques Lusseyran, passé lui aussi par la khâgne de Louis-le-Grand, fou de littérature, amoureux de la langue du XVIIIe, éditeur accompli, mais écrivain empêché, dont la mort accidentelle en pleine nature, au printemps de 1973, à l’âge de quarante-cinq ans, dessine une ligne droite que je n’aurai jamais fini de vouloir prolonger dans des livres brefs peuplés de jeunes morts qui continuent de vivre, de lire, et d’écrire. »

J’ai été touchée par le parcours de cet homme charismatique, qui faisait de sa faiblesse une force et une joie, capable d’une intuition, d’une mémoire, d’une sensualité immenses. La plume de Jérôme Garcin, sensible et chaleureuse, lui rend bien hommage.

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9 commentaires pour Le voyant

  1. Aifelle1 dit :

    J’ai l’intention de le lire, d’autant plus que je vais peut-être avoir l’occasion d’assister à une lecture avec Jérôme Garcin lui-même.

  2. sous les galets dit :

    Je suis assez tentée par ce livre, mais quelque chose m’arrête, car Garcin ramène tout à son histoire familiale et je crains de relire la Chute de cheval alors que là je préfèrerais vraiment me plonger dans l’histoire de Lusseyran. ET là vu l’extrait que tu mets, je sens qu’il prend un prétexte pour en revenir à ses deux traumatismes originels : la mort de son père et de son frère. Et je n’en peux plus, alors que le destin de Lusseyran a l’air vraiment passionnant. Alors dis moi: est ce que je peux y aller en confiance où est ce que j’ai un risque de m’agacer pendant la lecture?….

    • sandrion dit :

      Galéa, j’ai choisi cet extrait mais il n’arrive qu’à la fin ; le lien entre Garcin et Lusseyran n’est vraiment qu’évoqué, et plus de 95% du livre parle de Lusseyran lui-même. A mon avis, vas-y, lis-le, tu découvriras un destin et un homme réellement intéressants.

  3. Asphodèle dit :

    Deuxième fois que je suis tentée par ce livre, je vais finir par y arriver…mais pas tout de suite ! 😉

  4. Jerome dit :

    Je trouve le commentaire de Galéa très pertinent. Il y en a marre de voir les auteurs insérer en permanence leur propre vie dans la biographie des autres. c’est une espèce de tic d’écriture qui m’agace de plus en plus.

  5. noukette dit :

    Très tentée, par l’histoire, et par la découverte de cet auteur… Affaire à suivre donc ! 😉

  6. Leiloona dit :

    Cela me fait bien plaisir parce que je dois le lire très bientôt ! 🙂

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