instant poésie #17

Poésie du jeudiBon, pour le rendez-vous poétique d’Asphodèle, je triche un peu : je vous propose, parce que je suis en plein dedans pour mon boulot, quelques vers de Jean Racine, même si c’est du théâtre, un extrait de Phèdre rompant le silence pour avouer à sa confidente Oenone son amour coupable pour son beau-fils Hippolyte.

PHÈDRE
Mon mal vient de plus loin. À peine au fils d’Égée
Sous les lois de l’hymen je m’étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi ;
Athènes me montra mon superbe ennemi :
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler :
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D’un sang qu’elle poursuit tourments inévitables !
Par des vœux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l’orner ;
De victimes moi-même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée :
D’un incurable amour remèdes impuissants !
En vain sur les autels ma main brûlait l’encens !
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte ; et, le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer,
J’offrais tout à ce dieu que je n’osais nommer. […]
Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C’est Vénus tout entière à sa proie attachée.

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19 commentaires pour instant poésie #17

  1. Asphodèle dit :

    Ces vers m’ont rappelé de lointains souvenirs, que c’est beau ! Quelque chose ne changera jamais en ce monde : le coup de foudre et l’amour !!! 😀 Deux constantes qui occupent une bonne moitié de la littérature et dont on ne se lasse pas ! Bises, Sandrion 🙂

  2. celestine dit :

    « Je reconnus Venus et ses feux redoutables »…
    Dire que j’avais appris ce monologue par coeur en troisième…
    Maintenant, cette phrase m’a fait ensé à cet excellent sketche des Camweb…

    Bises hilares
    ¸¸.•*¨*• ☆

  3. Je le connais encore par coeur cet extrait, enfin en grande partie! Moi aussi j’ai longuement étudié Phèdre.. C’est ma pièce préférée de Racine. Bon travail.

  4. aifelle dit :

    Je suis plongée dans « Titus n’aimait pas Bérénice », donc Jean Racine tombe à pic pour moi.

  5. soene dit :

    Sandrion, « Racine » et « Phèdre » ! même pas peur 😉
    C’est du lourd, du pur classique. J’ai bien dû m’y frotter, dans le temps mais j’avoue que je ne lis plus Racine depuis belle lurette 🙄
    Bon we et bises de Lyon

  6. emilie dit :

    C’est si beau, si fluide…
    Merci!

  7. Louise dit :

    Rhooo, ah non je ne peux pas!!! pourtant j’ai reconnu certains effets « du coup de foudre » trop de lyrisme! de tourments, de passions. Je ne dois pas être assez littéraire 🙂

  8. monesille dit :

    Lire Racine a haute voix a un certain effet hypnotique calmant, le souffle sans doute ! J’ai adoré le clip que Celestine a mis, je ne connaissais pas PTDR !

  9. Oh tu me replonge dans mes années fac ^^ Sublime. *Marie*

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