L’homme qui rit

L'homme qui ritJe me suis attaquée à un ouvrage particulièrement ample, au souffle grandiose, à la fois sublime et grotesque, bref, typique du mouvement romantique auquel appartenait Hugo.

J’ai eu du mal avec les TRES NOMBREUSES digressions, en particulier les interminables pages sur l’aristocratie anglaises, ses titres, ses rites, etc. mais l’histoire du héros, Gwynplaine, m’a bouleversée… L’histoire de ce personnage, on la découvre peu à peu, elle est terrible : à 2 ans, de noble naissance, il est enlevé par une sorte de médecin fou qui le défigure en transformant son visage en un masque grotesque, il étire la bouche jusqu’aux oreilles, retrousse les lèvres, ce qui lui vaut plus tard son surnom d’ « homme qui rit ». A 10 ans, il est abandonné en hâte sur une plage en hiver. Le pauvre gosse, affamé, seul, traverse durant des heures la lande déserte et sauve, en plus, un bébé sur le point de mourir, suçant la dernière goutte de lait du sein de sa mère déjà morte de froid, en le collant entre sa peau et son manteau. Les deux enfants sont recueillis in extremis par un vagabond solitaire et philosophe du nom d’Ursus, et son loup baptisé Homo (!).

15 ans plus tard le bébé est devenue une jeune fille d’une beauté surnaturelle, Dea. Aveugle, elle est la seule à voir la beauté intérieure et la bonté profonde de Gwynplaine : « Pour Dea, Gwynplaine était le sauveur qui l’avait ramassée dans la tombe et emportée dehors, le consolateur qui lui faisait la vie possible, le libérateur dont elle sentait la main dans la sienne en ce labyrinthe qui est la cécité ; Gwynplaine était le frère, l’ami, le guide, le soutien, le semblable d’en haut, l’époux ailé et rayonnant, et là où la multitude voyait le monstre, elle voyait l’archange. » Ils sont sortis de la misère car Ursus a créé un spectacle mettant en scène les deux enfants. Mais un coup de théâtre incroyable va bouleverser l’équilibre précaire de ce groupe.

Les ingrédients d’un mélo sordide et invraisemblable, non ? Mais c’est Hugo et du coup, c’est grand et fort, il n’a pas peur de l’excès, des oppositions gigantesques, des coïncidences incroyables. Hugo se sert aussi de ce personnage mutilé pour développer un vibrant plaidoyer politique, en faveur de plus d’humanité et de justice : « Le genre humain est une bouche, et j’en suis le cri. » « Je représente l’humanité telle que ses maîtres l’ont faite. L’homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement. » Puissant !

Pour le challenge de Pr Platypus, ce gros pavé du XIXe et en illustrant un dessin de Victor Hugo représentant Gwynplaine.

Challenge classiques 2016

Publicités
Cet article, publié dans classiques français, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

13 commentaires pour L’homme qui rit

  1. aifelle dit :

    J’ai bien failli le lire au moment de la sortie du film, mais ça ne s’est pas fait. Il est toujours dans ma PAL, tout espoir n’est pas perdu !

  2. keisha41 dit :

    Je l’ai lu, ce roman, en 2002 ou 2003; ah de grands moments! le pendu! le naufrage! le discours! mais d’accord, parfois Hugo fait du hugo…

  3. il est toujours à mon programme il va bien finir par être lu

  4. Pr. Platypus dit :

    Hugo me fatigue quand il est trop en verve 🙂 Du coup tu m’inquiètes un peu avec ce que tu dis sur les digressions… Mais bon, je pense que je finirai bien par le lire un jour celui-ci, c’est un incontournable !

  5. Syl. dit :

    Jamais lu… Pourtant, je connais l’histoire.
    Dis Sandrion, tu manques à l’appel ! Laisse tes copies et va te reposer en cuisine…

    • sandrion dit :

      Coucou !! Me voilà… si tu savais Syl… lave-vaisselle en panne et mon homme qui essayait de le réparer + évier bouché + eau partout + crise de mon fils qui ne voulait pas faire ses devoirs + une copine qui passait avec ses enfants à 14h et qui vient de partir…. c’est un miracle que j’aie réussi à poster mon billet à l’instant !!

  6. templeuve dit :

    Merci pour cette petite escapade dans l’univers de Victor Hugo !

  7. Louise dit :

    Avec mes enfants qui ont passé le bac de français ça m’a permis de lire certains classiques que je n’avais pas lus avant. L’homme qui rit en fait partie, Claude Gueux aussi.
    Alors je n’hésite pas à sauter des passages quand je trouve que c’est trop long; mais quand même Hugo quelle imagination, et quelle puissance. C’est une histoire très prenante.
    Grace à mes enfants j’ai lu Candide aussi, j’ai trouvé cette lecture grandiose et moderne!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s