En étrange pays

En étrange paysSans Keisha, je n’aurais jamais découvert cet auteur, un de ses chouchous, et ce magnifique roman. J’ai eu un peu de mal au départ à cause du rythme très lent mais peu à peu je me suis laissée prendre : l’histoire est très mince finalement, c’est celle d’un Hollandais, Verluis, atteint de tuberculose, qui a décidé sur les conseils de son médecin qui lui a vanté les bienfaits du climat de l’Afrique du Sud de faire ce long voyage.

Le roman s’ouvre sur son arrivée, dans les années 1850, à Bloemfontein, capitale de l’Etat libre d’Orange (un petit état au cœur de l’Afrique du Sud, où une importante communauté blanche, essentiellement germanique, mais aussi hollandaise et un peu britannique s’était installée). Il arrive d’abord dans un hôtel puis dans une sorte de pension de famille dirigée par l’autoritaire Mme Van de Vliet. Cet homme assez rigide et froid au départ découvre cet « étrange pays », en particulier le « veld », ces immenses étendues vides et fascinantes, mais aussi la mort qui l’attend. Le lecteur suit ce personnage, ses rencontres avec les autres membres de la communauté, la famille Hirsh, brouillonne, généreuse et pleine de vitalité ou le pasteur Shaeffler et sa sœur, dont l’humanité et la bonté irradient le roman.

Finalement c’est à la quête tâtonnante du sens de la vie que l’on assiste à travers les nombreux monologues intérieurs de Verluis, l’ouverture vers une autre dimension que la stricte routine d’une vie rangée, la découverte d’un pays radicalement étranger. L’écriture est ample, profonde et puissante. J’ai même du mal à en parler tant j’ai trouvé ce roman, poignant et fort, peut-être parce qu’il est centré sur l’essentiel.

J’ai corné le roman de la bibliothèque (je sais c’est pas bien…) à une dizaine d’endroits ! Difficile de choisir… hors contexte les citations perdent souvent de leur sens. De plus – et c’est ce qui me gêne un peu – c’est une traduction à partir d’une autre traduction anglaise.

« Mais sur la surface unie et intacte de la vie, une minuscule fissure était apparue – pendant un instant seulement. Une petite déchirure, une fente si fine qu’on n’aurait même pas pu y glisser une carte de visite, un cheveu sur la surface émaillée de la réalité ; et dans la seconde unique pendant laquelle elle restait visible, un abîme sans fond s’était ouvert, un gouffre béant sans indication ni repère. »

« Parfois je pense que nous avons échoué. Nous avons apporté la civilisation ici, nos maisons et nos églises, nos meubles, nos livres et nos modes d’Europe ; nous avons tout apporté ici sans qu’on nous le demande et nous l’avons entassé comme si l’Afrique était une sorte de tas d’ordures, et nous sommes venus vivre ici  selon des modèles que nous ou nos parents avons apportés d’ailleurs. Nous vivons de souvenirs et nous nous entourons de fantômes, et quant à l’Afrique elle-même, nous ne la voyons que de loin, derrière les rideaux de dentelle que nous avons accrochés devant les fenêtres de nos salons. »

Un grand merci, Keisha ! Hélène aussi l’a aimé. Dans ces deux billets, d’autres très belles citations. Ce roman m’a un peu fait penser à un autre de mes récents coups de cœur, Lila, de Marilynne Robinson

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13 commentaires pour En étrange pays

  1. keisha41 dit :

    Tiens oui, j’aime bien que tu parles de Lila. Ces romans (ces auteurs?) ont en commun d’écrire des romans qui vont à l’essentiel, comme tu dis dans ton billet, de ne pas appâter le lecteur par des trucs brillants, mais quelle profondeur, quelle beauté!

    • sandrion dit :

      Quelle réponse rapide 🙂 Le parallèle avec Lila m’est venu rapidement, je trouve que les deux pasteurs ont quelque chose en commun. Et ce sont deux auteurs qui, comme tu le dis, recherchent l’essentiel, la profondeur. Une très belle lecture en tout cas !

  2. Sans doute un des meilleurs auteurs de cette littérature

  3. Hélène dit :

    J’ai adoré ce roman d’une puissance à couper le souffle!

  4. Aifelle dit :

    Il faut vraiment que j’en emprunte un à la bibliothèque alors …

  5. sandrion dit :

    Dominique, je suis bien d’accord, son écriture est vraiment singulière et forte. Je suis en train de lire « une voix parmi les ombres », mais j’accroche moins. Aifelle, je pense que tu aimeras à coup sûr « en étrange pays » !

  6. keisha41 dit :

    Une vois parmi les ombres est différent. Je te conseille de ne pas les enchainer, il faut en garder pour plus tard!

    • sandrion dit :

      J’aurais dû faire ça en effet ! Je vais le terminer tranquillement et ensuite j’attendrai pour les prochains, je suivrai sagement ton conseil 🙂

      • keisha41 dit :

        Remarque, tu changeras peut être d’avis en ayant tout le roman lu. Va voir l’avis de tête de lecture, elle y a vu des choses que je n’avais pas perçues _ c’est le propre des grands romans, ça.

      • sandrion dit :

        tu as tout à fait raison ! Je pense que je vais le lire jusqu’au bout et que mon avis va évoluer. J’irai lire l’avis de « tête de lecture » après.

  7. lewerentz dit :

    J’ai loupé le billet de Keisha sur ce roman mais pas le tien et je le note avec intérêt !

  8. Louise dit :

    Je ne connais pas du tout cet écrivain, je note, j’aime bien les romans qui se passe en Afrique du Sud. J’ai regardé Des voix parmi les ombres et il me tente aussi.(En plus nous sommes allés à Bloemfontein 🙂 )

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