Les groseilles de novembre

Les groseilles de novembreMa belle-sœur estonienne, qui m’avait déjà offert l’an dernier l’excellent roman du même auteur, L’homme qui savait la langue des serpents, m’a offert cette année Les groseilles de novembre. D’après elle, c’est le roman de Kivirähk qui a eu le plus de succès en Estonie. On nous rappelle, dans une note de l’éditeur, que l’Estonie n’a été conquise et évangélisée qu’au XIIIe siècle, dans le cadre d’une croisade menée par des chevaliers allemands, les paysans estoniens devenant les serfs des « barons ».

Cette histoire se déroule plus ou moins à cette période reculée, du 1e au 30 novembre, durant 30 chapitres donc qui sont autant de petites histoires mêlant le grotesque au tragique, dans un village estonien à l’atmosphère très particulière, drôle et complètement déjantée, où les habitants côtoient le diable en personne, le Vieux-Païen qu’ils arrivent à berner par de subtiles ruses (on comprendra à ce propos ce que viennent faire ces fameuses « groseilles de novembre »), fabriquent leurs kratts (créatures volantes faites avec de vieux objets et qui peuvent rapporter de l’argent ou de la nourriture), peuvent se changer en loups-garous ou en « tourbillonneurs ». Chacun sait que les maladies peuvent s’éloigner par une consommation intensive de vodka, qu’en décrivant un cercle autour d’une vache de mer on l’empêche de retourner à l’eau et on peut ainsi la voler ou qu’en tirant sur la porte d’une église avec une hostie le jour de la St André, on acquiert une force surhumaine. Les villageois sont pour la plupart assez rustres, au langage très cru, parfois complètement stupides comme le valet Jaan qui tombe malade pour avoir mangé du savon (« Qu’est-ce qui t’a pris de le manger alors ? Est-ce que tu broutes les fleurs en été ? Comme une vache ? […] C’est du poison ! Toi tu boufferais même de la merde si tu pouvais l’avoir gratuitement ! « ) et rarement très sympathiques les uns avec les autres. Tous trouvent leur subsistance en volant leur nourriture au « manoir » où vit le « baron », le seigneur du lieu apparemment dont le garde-manger semble inépuisable et dans lequel tout le village puise sans vergogne.

J’ai vraiment apprécié ces personnages haut en couleurs, l’humour souvent grinçant ou très noir, même si j’ai préféré, je crois, L’homme qui savait la langue des serpents. Je pense qu’il m’a aussi manqué certaines clés pour goûter complètement ce récit.

Un billet très approfondi chez Pr Platypus ! A girl from the earth a adoré aussi 🙂

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15 commentaires pour Les groseilles de novembre

  1. raconté comme ça, c’est tentant 😉 suivant l’avis éclairé de prof platypus, j’ai lu l’an dernier la langue des serpents, enthousiasmé par le début assez époustouflant, puis lassé par la multiplication des morts zorribles (bien sûr, quand on annonce à l’avance que pas un ne survivra, il faut forcément zigouiller tout le monde… mais c’est sans surprise et ça prend des pages et des pages !)
    bon, en souvenir du début, j’irai voir ces groseilles.
    Merci pour cette chronique 🙂

    • sandrion dit :

      merci à toi pour ce commentaire !! Ici aussi il y a quelques mort zorribles 😉

      • Pr. Platypus dit :

        C’est vrai qu’il y a quelques passages sanglants dans l’Homme qui savait la langue des serpents ! Dans les Groseilles, le ton est plus badin tout de même…
        Merci en tout cas pour la citation. Je pense moi aussi avoir raté certains aspects du texte faute d’avoir les bonnes références culturelles. C’était sans doute le cas aussi dans l’Homme qui.. mais c’était moins notable car l’histoire avait une force suffisante pour se détacher de son contexte et devenir universelle.

  2. keisha41 dit :

    Tu pense bien que je suis très très attirée!!!

  3. Jerome dit :

    j’ai noté « L’homme qui savait la langue des serpents » depuis sa sortie, je vais commencer ma découverte de la littérature Estonienne par là 😉

  4. Asphodèle dit :

    Haaa, tu as une belle-soeur estonienne ? 😉 C’est pas commun ! Je ne sais pas si cette littérature un peu « loufoque » est faite pour moi mais comme j’aime aussi certains aspects dont tu parles…je verrais, à l’occasion… 😉

  5. aifelle dit :

    Les livres déjantés ne me font pas peur, jusqu’à un certain point … je vais prudemment voir d’abord si la bibliothèque compte l’acheter.

  6. A_girl_from_earth dit :

    J’ai a-do-ré Les groseilles…, livre par lequel j’ai découvert cet excellent auteur récemment, je l’ai trouvé juste extra, et je me disais qu’il était impossible que l’auteur fasse mieux… Alors si tu as préféré L’homme qui savait… que je comptais de toute façon lire, me voilà bien intriguée !

  7. Hélène dit :

    J’ai beaucoup aimé « l’homme qui savait la langue des serpents », que j’avais trouvé très original, je note celui ci !

  8. Syl. dit :

    Le titre est beau. Doux et amer, c’est le genre d’histoire que j’aime bien.

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