Nous étions des êtres vivants

Nous étions des êtres vivantsC’est une histoire banale, celle d’un repreneur qui rachète une entreprise de presse avec tout ce que ce remaniement sous-entend : licenciements plus ou moins brutaux, conditions de travail revues et corrigées (on imagine facilement dans quel sens), relogement dans des locaux plus petits etc. Mais cette histoire touche des « êtres vivants », ces salariés sur la sellette, leurs angoisses, les tentatives de se faire bien voir, les plaintes devant la machine à café, dont Nathalie Kuperman fait entendre les voix. On vit ainsi la situation du point de vue de Muriel Dupont-Delvich devenue directrice générale, femme à poigne qui cache une vie de solitude absolue, Agathe Rougier, lente et névrosée, Ariane Stein dont la colère monte peu à peu. A ces chapitres s’ajoutent les prises de parole collectives du « chœur », comme dans les tragédies antiques, qui représentent l’ensemble des salariés de l’entreprise. C’est aussi construit comme une tragédie en 3 « actes » en quelque sorte : « menace », « dérèglement » et « trahison ».

J’ai été prise par la puissance de ces voix, par la justesse des propos qui font mouche. C’est fort, souvent sombre mais nécessaire.

« Quelque chose reste possible, en dépit de tout, parce que nous sommes des êtres vivants, et que la vie en nous ne demande que ça : s’adapter au pire. »

« Certains d’entre nous sont en colère. Et cette colère se propage à une vitesse enivrante. La colère est un remède contre l’aliénation. Nous ne savons pas bien ce que nous allons faire d’elle. La colère s’organise, dit quelqu’un. Non, la colère ne s’organise pas, lui répond-on, ça suffit d’entendre parler d’organisation. Créons le désordre, au contraire ! »

 

 

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6 commentaires pour Nous étions des êtres vivants

  1. aifelle dit :

    J’avais aimé aussi cette lecture, faite il y a quelque temps.

  2. Tentant (si on peut dire vu le sujet) ; ça parait un peu dans la même veine que Les vivants et les morts de Mordillat.

  3. kathel2 dit :

    J’avais aimé ce livre, même si j’avoue que je l’avais un peu oublié.

  4. templeuve dit :

    Peut on organiser la colère ? Une question vraiment d’actualité… Merci pour cette idée de livre, je viens de le réserver à la médiathèque.

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