Chanson douce

chanson-douceJe suis sortie sonnée de cette lecture qui mérite à mon avis le prix Goncourt de cette année.

Dès le premier chapitre, le drame a lieu, il est raconté en phrases courtes et sèches et toute la suite est un long retour en arrière qui dissèque, comme on pèlerait un oignon, peau à peau, le cœur des personnages. Paul et Myriam, un couple banal, dont l’auteur montre avec une grande justesse les failles, les faiblesses, les manques. Les deux enfants : le bébé Adam et la petite Mila. Et puis la nounou, Louise, dont la disponibilité absolue et l’efficacité redoutable comble au départ les parents, soulagés d’enfin pouvoir se délester des enfants, retrouver leur liberté. Peu à peu Louise se rend indispensable mais quelques événements laissent par moments entrevoir au lecteur, sous le masque, le monstre inquiétant qu’elle peut être… Et c’est là que Leïla Slimani est très forte : la manière dont elle fait surgir la pulsion, la folie, la violence, au cœur même de la douceur. Une « chanson douce » bien inquiétante…

L’article du Monde est très intéressant et s’achève ainsi : « D’une intelligence narrative et sociale sans faute, Chanson douce s’inscrit dans la lignée cruelle de ces récits – des Bonnes, de Jean Genet (1947) à Cérémonie, de Claude Chabrol (1995) – inspirés ­par l’affaire des sœurs Papin, deux servantes qui avaient assassiné leurs patronnes en 1933 : la tension qui sourd de chaque page y chauffe à blanc l’analyse d’une bourgeoisie que l’irruption d’une violence pulsionnelle finit par dynamiter ».

Dans la foulée, je lis Dans le jardin de l’ogre et j’y retrouve ces personnages sages en apparence et au fond cernés par une forme de folie et l’écriture particulière de cette auteure.

Des avis chez Noukette (c’est marrant parce que j’ai écrit la même phrase qu’elle dans ma critique, sans avoir lu auparavant son billet !), Keisha, Platypus (j’aime cette phrase dans son article, très juste : « On croirait entendre, tout du long, le son étouffé d’une alarme au loin »), Brizé.

Publicités
Cet article, publié dans littérature française, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

17 commentaires pour Chanson douce

  1. Asphodèle dit :

    Je n’avais pas trop envie de le lire au départ malgré les éloges que j’en entends (le thème, le style ? Va savoir) mais tu me tenterais presque ! 😀

  2. Pr. Platypus dit :

    Merci pour le compliment 😉
    Comme tu l’as lu je suis moins emballé que toi (notamment parce que la comparaison avec les Bonnes, que fait aussi le Monde, est difficile…), mais je trouve que ça reste un Goncourt honorable, pour un livre populaire mais dans le bon sens, et qui contient un vrai savoir-faire.

  3. saxaoul dit :

    Je l’ai dans ma liseuse mais ce livre ne fait pas partie de mes lectures prioritaires. Je suis souvent fâchée avec le Goncourt et j’ai peur d’être déçue.

  4. aifelle dit :

    Je ne suis pas très tentée, j’ai plutôt envie de le lire le premier.

  5. keisha41 dit :

    Je l’ai lu avant qu’il obtienne le Goncourt, mais après beaucoup de billets de blogs. Difficile de savoir ce qu’on aurait pensé. Mais un bon roman, ça, oui, après des semaines, ça reste bien.

  6. Mind The Gap dit :

    J’espère l’avoir à Noël. Ceci dit, tu ne donnes pas vraiment ton ressenti dans ton article…dommage , d’autant qu’il t’a vraiment plu si je comprends bien !

  7. estellecalim dit :

    Pas tentée, je passe mon tour. Le sujet me fait peur. Je suis déjà trop parano ;^)

  8. lorouge dit :

    J’ai beau savoir qu’elle a eu le Goncourt je ne suis pas tentée du tout, le sujet est vraiment terrifiant, et j’ai du mal en général avec les romans fabriqués d’après des faits divers. Mais ça doit être assez addictif comme lecture… De toute façon bien trop déprimant en ce moment pour moi :0) Je te souhaite un bon dimanche Sandrion (et oui j’ai bien reçu ta carte de Noël et un grand grand merci, cela m’a fait très plaisir, j’ai bien besoin de moments de douceur en ce moment, pourrais tu m’envoyer ton adresse par mail, j’ai déchiré l’enveloppe bêtement et du mal à lire l’adresse)

  9. sandrion dit :

    Chouette !! 😉 je te l’envoie par mail

  10. Christine Dupuy dit :

    Moi non plus je n’étais pas trop tentée mais ton article élogieux m’a convaincue… et quelle surprise! j’ai dévoré ce roman haletant. Cette « chronique de mort annoncée » tient en haleine, autant par l’histoire reconstituée de personnages que la vie happe et bouscule que par l’écriture savamment fluide et ardente. Merci pour ce bon moment de littérature!
    Juste avant j’ai terminé « Repose-toi sur moi » de Serge Joncour. J’ai aimé l’histoire de ce couple improbable, lui, le provincial attaché à sa terre, colosse fragile et généreux, qui fuit à Paris un drame personnel, elle, jeune bourgeoise élégante des beaux quartiers, styliste prometteuse mais naïve à qui le monde des affaires et un mariage trop lisse font perdre pied.
    Bonne lecture pendant les vacances!

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s