De bruit et de fureur

Voilà longtemps que j’avais envie de me frotter à ce classique de la littérature américaine ; il y a quelque temps j’ai vu que Keisha l’avait lu, mais je n’ai que survolé, à peine, son billet (je le lirai après) alors pour mon classique du mois, j’ai enfin ouvert ce roman. J’avoue : j’ai lu deux ou trois choses dessus, mais peu. Et même avec ces quelques petites clés… quelle claque ! J’ai été étourdie de bruit et de fureur, vraiment. Tout est fait pour qu’on se perde, qu’on s’étourdisse, qu’on n’ait plus aucun repère. J’ai lu des pages sans vraiment comprendre, en me laissant porter, en acceptant de rester en-dehors, comme on regarde un tableau dont on ne sait rien du tout, ou comme on lit un poème de Mallarmé pour la première fois. Et peu à peu, les pièces du puzzle s’agencent et on perçoit une partie (infime pour moi à mon avis) de cette oeuvre magistrale qui a été écrite en 1929 !

C’est un roman en quatre parties, se déroulant sur trois jours + un retour de 18 ans en arrière, chaque partie est radicalement différente des autres tout en racontant la même sombre histoire familiale, celle des Compson. La première est le monologue intérieur de l’idiot de la famille, Benjy, la seconde celui de son frère Quentin, étudiant tourmenté par l’amour fou qu’il porte à sa sœur Caddy, la troisième est racontée par le troisième de la fratrie, Jason, qui porte une haine démesurée à cette même sœur et à la fille de cette dernière (qui s’appelle également Quentin, pour ajouter à la confusion générale !) et la dernière est un récit plus extérieur. On n’apprend donc de l’histoire que ce que se disent les narrateurs, sans souci d’explicitation pour le lecteur, et l’écriture épouse l’ordre parfois chaotique (parfois très particulier comme dans le monologue intérieur de Benjy) des pensées des personnages. Un extrait du monologue de Quentin : « idiot idiot es-tu blessé j’ouvris les yeux ses mains couraient sur mon visage je ne savais pas de quel côté jusqu’au moment où j’ai entendu le revolver je ne savais pas où je n’aurais jamais cru que toi et lui s’enfuir filer ainsi je ne croyais pas qu’il aurait elle me tenait le visage entre ses mains »  En plus, ces personnages sont peu aimables pour la plupart, en particulier Jason, dont la cruauté horrifie (« Je ne promets jamais rien à une femme, pas plus que je ne lui dis ce que je compte lui donner. C’est la seule façon de s’en aider. Toujours les maintenir dans l’incertitude. Et si on n’a pas d’autre surprise à leur offrir, on leur fout son poing sur la gueule.« ) La  seule qui est vraiment émouvante c’est la servante noire Dilsey : « on eût dit que muscles et tissus avaient été courage et énergie consumés par les jours, par les ans, au point que, seul, le squelette invisible était resté debout, comme une ruine ou une borne, au-dessus de l’imperméabilité des entrailles dormantes. […] Deux larmes coulèrent le long de ses joues affaissées et parmi les milliers de rides que les sacrifices, l’abnégation, le temps y avaient creusées. »

Une lecture difficile mais vraiment fascinante. J’ai relu le billet de Keisha qui a partagé à peu près le même cheminement que moi !

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9 commentaires pour De bruit et de fureur

  1. keisha41 dit :

    Je me retrouve très bien dans ton cheminement, ton billet n’en dit pas trop. bravo! Je relirais bien la partie Benji, tiens, j’ai dû en rater c’est sûr.
    On est d’accord sur Dilsey (et la mère, tu n’en parles pas? ^_^)

  2. Pr. Platypus dit :

    Une lecture difficile, oui ! Je l’ai commencé trois fois (deux fois en anglais une fois en français, me disant que ce serait plus facile), je n’ai jamais dépasé la

  3. Asphodèle dit :

    Je n’ai qu’un recueil de nouvelles (ou poèmes ?) de lui dans ma PAL intitulé « Les palmiers sauvages » et je n’arrive pas à le lire… Alors je ne pense pas que celui-ci soit pour moi…pour le moment ! 😉

  4. hélène dit :

    Je l’ai abandonné, je l’avoue…

  5. Touloulou dit :

    J’essaierai de le lire, un jour… Ce roman est tellement culte. Mais j’avoue que maintenant j’ai un peu peur !

  6. Mokamilla dit :

    Je l’ai commencé. Puis reposé. J’y reviendrai. Sans faute.

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