Au commencement du 7e jour

Whaouh. Je tire mon chapeau à Luc Lang qui a écrit avec ce roman une oeuvre vraiment magistrale. Un coup de cœur, je le précise tout de suite !

Difficile de résumer cette histoire qui transporte le lecteur du périphérique parisien aux routes défoncées du Cameroun en passant par les sentiers escarpés des Pyrénées ou une petite départementale en Normandie… Le héros, c’est Thomas, mais il n’a rien d’un héros, c’est un trentenaire surbooké, qui travaille comme un fou dans une boîte informatique sans avoir beaucoup de temps pour sa famille (sa femme Camille et ses deux « tigrichons », Elsa et Anton) et dont la course folle est arrêtée par l’accident de Camille, qui tombe dans un coma profond. Thomas tente de survivre, tant bien que mal, paumé, sous le choc. L’écriture de Luc Lang mime à merveille l’état de Thomas, une écriture nerveuse, hachée, en paragraphes très longs, ou lyrique et déliée. Aucune ponctuation du dialogue, tout est pris dans un même mouvement, mais sans que ce soit artificiel ou vraiment difficile à lire.

« Il presse l’allure, trotte vers l’Audi, s’installe, démarre, s’engage dans la spirale, les pneus cinglent et claquent sur le sol dentelé, il passe son badge sur l’oeil du scan, un moignon de barrière cassée se lève, il surgit de l’immeuble sous une pluie battante, ça dégringole violemment sur le pare-brise, une trombe d’eau à la sortie d’une grotte, il sursaute, enclenche les essuie-glaces, se glisse dans le fleuve mécanique, les lumières bavent alentour, la chair des visages dégouline sur les vitres, le boulevard est un agrégat de métal et de verre, ça coule et ça fond dans les exhalaisons de gaz fumigènes. »

A partir de l’accident de Camille, en trois grands mouvements (le roman comporte trois « livres », centrés chacun sur un lieu principalement), Thomas mène une sorte d’enquête autour des silences de Camille d’abord (pourquoi la voiture de Camille est-elle tombée dans le fossé d’une route tranquille ?), puis sur lui-même, son frère Jean (resté dans la demeure familiale et ayant repris la bergerie, pourquoi tombe-t-il parfois dans des crises d’abattement ?) sa sœur Pauline (pour quelle raison est-elle partie, dès la mort de leur père à tous les trois, en Afrique et n’a plus donné signe de vie ?). Comme Thomas, on patauge, on explore, on partage sa naïveté et son évolution.

Dans cet ample roman, l’auteur évoque les secrets de famille, le cynisme de l’univers impitoyable de l’entreprise, les difficultés du monde agricole, le terrorisme, la corruption et bien d’autres choses encore, le tout dans une tension et un rythme très prenant. Génial !

L’avis intéressant de Valérie. Nombreux articles sur Babelio, dont l’un d’eux m’éclaire sur le titre ! « Lors d’une rencontre, dernièrement, avec Luc Lang, celui-ci a expliqué avoir voulu donner une connotation biblique à son livre (d’abord avec le titre car le septième jour correspond au dimanche, jour de repos instauré par Dieu ; puis par les noms des principaux personnages : Thomas = Saint Thomas – Jean = Saint Jean – Pauline = féminin De Saint Paul). » J’y ai appris aussi qu’il lui a fallu 5 ans pour écrire ce livre. Vu la densité, j’imagine sans peine… Très bon article dans Telerama aussi.

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8 commentaires pour Au commencement du 7e jour

  1. Mind The Gap dit :

    Je l’ai déjà noté sur ma wish list. Il me fait un peu peur, mais je le lirai, j’ai très envie de voir ce qu’il donne ce livre et cet auteur !

  2. aifelle dit :

    J’ai rencontré l’auteur aussi et il m’avait donné envie de lire son roman ; merci pour la piqûre de rappel 🙂

  3. Pr. Platypus dit :

    Hello ! Après avoir remis le blog en route hier (articles à venir), je rattrape mon retard de lecture chez les autres aujourd’hui 🙂
    Merci donc pour le conseil personnalisé, le sujet de ce livre m’était un peu sorti de la tête mais la façon dont tu le présentes donne très envie !

    • sandrion dit :

      Ah super 🙂 je ne pense vraiment pas me tromper en pensant que tu adhèreras (plus qu’à la Bible ? encore une référence à cet incontournable bouquin ! damned !)

  4. lorouge dit :

    Déjà plusieurs jours que j’ai envie de te laisser ce commentaire et je prends enfin le temps de le faire ; je suis ravie de lire ton billet et ton enthousiasme parce que je suis justement plongée dans cette lecture là et je suis comme toi vraiment, vraiment conquise (un de plus beaux romans que j’ai lu ces derniers mois). J’ai eu du mal à y entrer mais maintenant que j’y suis je n’ai plus du tout envie de le quitter c’est pour ça que je le savoure et le lis doucement, histoire de rester dans cette histoire le plus longtemps possible. Je mets ton billet dans vos plus tentateurs (même si ce n’est pas une tentation ;0)

    • sandrion dit :

      Ah super ! Contente de lire que tu as le même avis ! Ce bouquin est génial et plusieurs personnes autour de moi qui l’ont lu sont du même avis ! bisous !

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