La salle de bal

1911, à l’asile d’aliénés de Sharston en Irlande – Arrive la jeune Ella Fay, une ouvrière travaillant à la filature depuis ses 12 ans et qui a fracassé une vitre, ce qui a suffi à la traîner à l’asile… Elle ne comprend rien à ce qui lui arrive, se débat, tente de s’enfuir, puis, grâce à une autre pensionnaire, Clem, réussit à récupérer suffisamment de contrôle sur elle-même pour éviter le pire : la camisole, être nourrie par « le tube ». Dans cet univers plutôt glauque survient l’inattendu : l’amour. Entre Ella et John, la trentaine mutique. John fait passer en secret des lettres à Ella, qui demande à Clem de les lui lire car elle est analphabète. Le lecteur suit ces deux personnages et un troisième : Charles Fuller, qui s’occupe de ce lieu, animé au départ d’intentions apparemment louables : il joue de la musique aux patients et une fois par semaine organise un bal, dans la « salle de bal » : il choisit un certain nombre d’hommes et de femmes et joue lui-même dans l’orchestre. En même temps, il fait partie de la société d’éducation eugénique (qui a vraiment existé) qui cherche à éradiquer les êtres handicapés pour promouvoir une humanité parfaite. Après quelques pages j’ai été happée par ce récit poignant, servi par une écriture tout en finesse. L’auteur s’est inspirée de l’histoire de son arrière-arrière-grand père, patient à l’asile de Menston pour dépression, asile qui comportait réellement une salle de bal, et l’émotion est palpable mais tout en retenue. Ella, Clem et John sont des êtres attachants, extrêmement humains et nous amènent évidemment à réfléchir sur ce qui différencie réellement les patients des surveillants… surtout que Charles Fuller est, plus encore que les autres, agité de complexes divers : homosexuel puissamment refoulé, il est rigide, instable et pris dans des émotions incontrôlables. Et maintenant je vais lire le billet de Mind the Gap, qui a fait de ce roman – et je suis bien d’accord avec lui ! – un gros coup de cœur… Moi j’ai refermé le livre le cœur tout agité d’émotions diverses et je ne suis pas prête d’oublier Ella, John et Clem. « Elle contempla sa main, pressée dans celle de Clem, et sentit passer entre elles une sauvagerie verte, au courant débridé et dangereux, et elle ne savait si c’était elle, ou Clem, ou la lettre, ou l’été lui-même à l’extérieur des murs qui l’avait déchaînée en premier. »  » C’était silencieux, pas un souffle d’air, mais en écoutant elle entendit que le silence était plein de petits bruits insistants : le broutement discret des moutons dans les pâturages, le vent, qui se levait parfois avant de mourir à nouveau. Le murmure d’un cours d’eau, tout proche, et un son étrange, une espèce de soupir doux, qu’elle ne put attribuer qu’à la terre elle-même. »

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7 commentaires pour La salle de bal

  1. aifelle dit :

    Je vais le réserver à la bibliothèque sans trop tarder. Je l’ai vu sur les étagères, mais à ce moment là, j’avais trop à lire ..

  2. Mind The Gap dit :

    Hé oui, je suis bien d’accord…tout est en retenue et pourtant en émotion et avec un talent inouï pour raconter les histoires.
    Asphodèle vient de l’acheter…youpi !
    Et je viens de lire le Chagrin des vivants, je ne sais pas si tu l’as lu, j’en parle bientôt, mais si tu ne l’as pas lu et as envie de le lire, tu ne liras pas ma chronique…non pas que j’en dise trop, j’en dis beaucoup moins que toi sur les histoires des romans, mais disons que si la salle de bal était un coup de coeur, le chagrin des vivants doit être qualifié de coup de foudre… 😀

  3. Asphodèle dit :

    Oui je suis en train dans le lire et après Le Camp des Autres de Thomas Vinau on change de registre mais je n’ai pas trop le temps ces jours-ci , je vais vais le reprendre sérieusement ! Je vous fais confiance mes deux loupiots ! 😀

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