Summer

Comme dans Par le vent pleuré (que j’ai lu dernièrement mais que j’ai eu la flemme de mettre en billet, pourtant j’ai aimé, car c’est Ron Rash, même si moins que les précédents), une jeune fille a disparu près d’un lac, le lac Léman, en été… Son frère Benjamin ne s’en remet pas et raconte, en de fréquents aller-retours entre le passé et son présent dévasté, l’histoire de sa famille.

Summer a 19 ans lorsqu’elle disparaît (Benjamin en a 15), après un pique-nique en forêt. Par petites touches, on sent bien que l’harmonie familiale n’est que façade : un père tout-puissant, dans la séduction permanente et souvent absent de la maison, une mère autocentrée et une bonne humeur lisse qui cache bien des aspects sombres… comme dans les rêves récurrents de Benjamin qui, plus de vingt ans après le drame, rêve régulièrement du corps de sa sœur, vêtue toujours de la même chemise de nuit bleue, nageant au fond du lac, frôlée par des algues et des poissons noirs et visqueux… Il entreprend alors auprès du docteur Traub une psychanalyse pour tenter enfin de lever le voile sur ce qui s’est passé et de se sortir d’une vie de junkie sans avenir.

« Il me semblait que j’étais à nouveau contre cette porte, une pièce où l’on aurait enfermé les chagrins et les mystères de ma famille, peut-être de l’humanité tout entière, les espoirs déçus des mères de famille aux lèvres rouges, les parts d’ombre des pères qui mènent des existences parallèles, les secrets des jeunes filles, verrouillés sous leurs paupières maquillées, ou dans les cahiers qu’elles tiennent serrés contre leurs cœurs. »

Le style m’a fait penser à celui de Joyce Carol Oates (dans Petite sœur mon amour par exemple) ou de Laura Kassishke : le regard sur la société, les façades sociales et les failles familiales, le mensonge, les procédés d’écriture aussi. Un roman fiévreux et vénéneux, poétique et hypnotique. J’ai beaucoup aimé !! C’est encore un des romans que je présenterai aux élèves pour le prix Envie d’éLire.

Un extrait de l’article du Monde avec des remarques très intéressantes : « Summer est gorgé de métaphores et de comparaisons liquides, donnant l’impression que les personnages évoluent dans une lumière aqueuse, avec la lenteur qu’imprime l’eau aux mouvements. Celle-ci se glisse partout, dans Summer : l’eau qui baigne et qui noie, qui lave et qui fait pourrir. L’eau, surtout, qui ne parvient pas à effacer les péchés anciens, comme le rappelle la shakespearienne image d’une tache de sang sur un canapé blanc ; une tentative de nettoyage l’a fait rosir, mais aussi étendue – sur cette tache, après la disparition de sa sœur, Benjamin s’assoit, dans le vague espoir de la dissimuler à ses parents.

Tout, donc, dans ce Summer à l’obsédante beauté (et dont l’art de la comparaison rappelle celui de Joyce Carol Oates, jusque dans un certain excès d’images et de symboles), tourne autour de l’eau. A commencer par le nom de famille des protagonistes, Wassner. Comme le « Wasser » allemand, dans lequel un « n » vient semer le trouble ; avertir que l’onde pure est contaminée, sans doute par les secrets. »

L’avis de Valérie.

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7 commentaires pour Summer

  1. kathel dit :

    Malgré ton avis, je ne suis pas trop tentée… pas tout de suite, du moins.

  2. aifelle dit :

    J’ai lu des avis des contrastés sur ce roman ; je le prendrai, sans risque, à la bibliothèque.

  3. Christine Dupuy dit :

    Tout est trouble dans ce roman plein de poésie pour mieux accompagner la plongée en lui-même du petit frère et la révélation libératrice des secrets familiaux. J’ai beaucoup aimé. Et puisque tu évoques ma chouchoute, Joyce Carol Oates, je viens de me régaler avec son autobiographie Paysage perdu dans laquelle elle parle de sa  » construction  » d’écrivain en revenant à son enfance et adolescence avec qq incursions dans sa vie d’adulte. Portrait subtil d’une petite fille très attachée à ses racines, son pays, ses parents surtout qu’elle peint avec beaucoup de tendresse. La genèse de son regard aigu mais aussi profondément empathique sur le monde. Je recommande…!

    • sandrion dit :

      Contente de lire que tu as bcp aimé… forcément !! Je note l’autobiographie de notre chouchoute à toutes les deux ! J’avais tellement aimé son Journal et le récit du deuil de son premier mari… Je lirai ! 😉 bisous

  4. l'or rouge dit :

    Contente de voir enfin des billets positifs apparaître 😃 Valérie l’a lu aussi récemment et l’a beaucoup aimé. Comme je lui disais il a tout pour me plaire ; des secrets de famille, une psychanalyse et puis aussi la présence du lac Léman 😉 gros bisous sandrion

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