Le camp des autres

Pour l’instant je n’ai jamais été déçue par les romans de Thomas Vinau, Ici ça va, La part des nuages ou Nos cheveux blanchiront avec nos yeux. Le camp des autres est dans la même veine et je retrouve avec bonheur cette écriture dense, pleine, entre sublime et grotesque, prosaïque et poétique. Pour l’avoir rencontré l’an dernier évidemment j’ai une affection toute particulière pour cet auteur avec lequel quelque chose de beau s’était tissé, entre mes élèves et lui.

On est en 1907, Gaspard (c’est le nom d’un des fils de T. Vinau mais j’ai aussi pensé à Gaspard Hauser, l’enfant sauvage) a fui un père violent et alcoolique, il se débrouille comme il peut (mal) dans la forêt, avec un chien qu’il a sauvé et qui l’a sauvé. A son tour il est sauvé par Jean-le-blanc, un débrouillard, herboriste un peu sorcier qui connaît les secrets de la forêt « devenue le refuge de ceux qui se refusaient à l’homme et de tous ceux que l’homme refusait. Elle est l’autre camp. Le camp des autres. » « La forêt est une langue, une science et une oeuvre d’art. Tout peut te sauver ou t’achever. Ici il n’y a pas de maître. » Il fait aussi la connaissance d’une troupe haute en couleurs de gens appartenant à la bande de la « Caravane à Pépère » (troupe qui a effectivement existé, dirigée par un certain Capello) et regroupant des parias en tout genre, prostituées au grand cœur, nomades, voleurs, anarchistes et autres, qu’il suit durant un temps.

C’est un très beau récit, qui fait largement écho avec les laissés pour compte d’aujourd’hui, les sans-abri ou les sans-papier, mais qui est aussi une ode à la nature, la liberté, l’indépendance, la dignité.

« La nuit est notre règne, la forêt notre patrie. Nous sommes les fils des bois perdus, de la route, de la boue des chemins. Nous sommes les fauves en exil. Les apatrides. Les moins que chien. Nous sommes les rats et les renards, les hérissons, les ailes tranchantes du grand-duc. Nous sommes les yeux de la mule aux flancs lacérés. La chair à canon et à usine, la viande pour leurs grosses dents. Nous sommes les invisibles, le choléra, le nègre, l’ongle noir de Satan. Nous sommes la famille de vos sacrifices, les cornus, les sauvages, les bouffeurs sombres, les récalcitrants. Nous sommes le vent qui souffle sur les braises, les morts pour rien dans la brume de l’Empire, la rage des chiens. Venez avec moi, je vous offre l’outrage, la brûlure, la ruade, le galop. Je vous offre la liberté des flammes sans lumière. »

Aifelle en a fait aussi un coup de coeur ! Noukette  aussi. L’avis de Keisha  plus mitigé, et Brizé n’a pas aimé !

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8 commentaires pour Le camp des autres

  1. aifelle dit :

    C’est un des meilleurs de Thomas Vinau pour moi ; je suis contente qu’il t’ait plu 🙂

  2. keisha41 dit :

    Oui mais moi j’ai du mal avec les phrases courtes, le récit qui virevolte… Je reconnais la qualité d’écriture pour donner une ambiance

  3. Violette dit :

    ah tu es calé en ce qui concerne l’auteur, il faut que je le découvre alors! Avec ce titre ou un autre, d’après toi?

    • sandrion dit :

      Moi j’avais beaucoup aimé « Ici ça va », un roman tout en douceur sur le couple. Mais celui-ci, plus âpre, est très beau aussi. Bref, tous sont bien !

  4. Mind The Gap dit :

    j’ailu une seule fois Thomas Vinau et j’avais bien aimé. Il faudra que je reprenne un de ses livres une fois. Joli bestiaire dans l’extrait que tu as choisi !

  5. valmleslivres dit :

    Voilà un auteur que je n’ai jamais lu alors que je passe mon temps à me dire qu’il faudrait.

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