La promesse de l’aube

Dans la série des livres autour des mères, je n’avais jamais lu non plus ce roman de Romain Gary, que j’ai vraiment beaucoup aimé. Comme dans Le livre de ma mère, l’unique centre d’intérêt de la mère de Romain Gary (qui s’appelle alors Roman Kacew) c’est bien son fils… Selon elle, il sera Victor Hugo, Gabriele d’Annunzio ou tout autre génie de la littérature mais aussi consul de France. Il est censé la protéger et la sauver de la misère qui est la sienne, jeune femme seule avec son fils dans les années 20 puis 30, en Pologne puis en France, ce pays fantasmé… Or oui, Romain Gary n’aura de cesse de réaliser les projets fous de sa mère… mais à quel prix ?

Dans une écriture magnifique et avec énormément d’humour et d’autodérision, il dépeint cet amour démesuré, émouvant et monstrueux, qui ne l’a pas forcément aidé à être heureux dans la vie mais en a fait un sacré écrivain ! J’ai adoré le récit de son enfance et son adolescence plein d’anecdotes savoureuses, j’ai été moins captivée par celui de son engagement durant la guerre de 39-45.

« Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois, qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son coeur, ce ne sont plu que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. »

« Instinctivement, sans influence littéraire apparente, je découvris l’humour, cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment même où il va vous tomber dessus. L’humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage, je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. Personne n’est jamais parvenu à m’arracher cette arme, et je la retourne d’autant plus volontiers contre moi-même qu’a travers le « je » et le « moi » c’est à notre condition profonde que j’en ai. L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive. »

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5 commentaires pour La promesse de l’aube

  1. keisha dit :

    Je devrais lui redonner sa chance, mais la mère m’a rapidement gavée, là dedans…

  2. aifelle dit :

    Je l’ai lu il y a longtemps et j’avais aimé. Ce genre de mère est redoutable !

  3. maggie dit :

    Je l’ai beaucoup apprécié, surtout pour son humour

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