Eden

« Il fut un temps où, ici, tout était à sa place. […] Un temps où je suivais mon père dans la forêt : le vent effleurait nos cheveux et tout murmurait à nos oreilles, l’herbe, les pierre, les animaux furtifs, des ombres qui apparaissaient et disparaissaient entre les arbres. » Le paradis, l’Eden, quoi. Sauf que la narratrice, à 15 ans, porte un regard bien différent sur le monde qui l’entoure : son père a disparu trois ans plus tôt, entrant dans la forêt pour ne jamais revenir, les touristes envahissent la région chaque été et des sociétés déforestent à tour de bras, entre les Blancs et les autochtones, parqués dans ces « réserves », la tension est grande. Et surtout, Lucy, une jeune fille blanche arrivée de la ville, est retrouvée un matin au pied d’un arbre, nue, en sang et mutique…

La jeune Nita revient alors sur l’année où Lucy est arrivée, l’année de l’adolescence, le changement des corps, le regard plus lucide.

Monica Sabolo, dont j’avais déjà beaucoup aimé Summer, m’a a nouveau charmée par son écriture à la fois très poétique, vaporeuse et onirique, et précise, dense, charnue. Elle explore à merveille les méandres ambivalents de l’adolescence, la question de la domination (des hommes sur les femmes, des Blancs sur les autochtones, dans un rapport colon/colonisé, des humains sur la nature), la sororité. Et, toujours, la forêt, sauvage malgré les hommes cherchant à la détruire ou l’apprivoiser, gardant sa part de fascination et de mystère. Un Eden ambigu. Certaines images restent en tête, un chevreuil blanc immense, une chouette apprivoisée, des hérons « majestueux et blasés comme des princesses en robe virginale« .

Voilà un extrait d’un article du Monde racontant ce qui a poussé l’auteur à écrire ce roman : « Mais revenons-en au mois de novembre 2017 : très vite, ses recherches mènent Monica Sabolo à des images « somptueuses » de la Colombie-Britannique, dans le sud-ouest du Canada, avec « ses forêts immenses, son humidité, ses lacs magnifiques, sa beauté magistrale de paysage originel ». Bientôt, elle apprend que l’Etat aux sept parcs nationaux est également célèbre pour le sort qu’y craignent d’y connaître les femmes autochtones, descendantes des premiers occupants du territoire canadien – Amérindiens, Inuits et Métis : elles y sont surreprésentées parmi les personnes assassinées ou disparues. Cette découverte produit un « choc émotionnel fort » chez l’écrivaine, dont les deux précédents romans sont des histoires de disparition, de jeunesse saccagée, de violence exercée sur des jeunes filles. »

Un grand merci à Babelio de m’avoir envoyé ce roman !

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12 commentaires pour Eden

  1. aifelle dit :

    Je n’ai pas lu « Summer » ; le thème de celui-ci est intéressant, il m’attire davantage.

  2. krolfranca dit :

    Je n’ai pas lu non plus Summer, je ne sais pourquoi, mais il ne m’avait pas attiré. Il faudrait que celui-ci se trouve à la bibliothèque…

  3. Une Comète dit :

    J’aime beaucoup cette auteure, j’ai prévu de lire Eden 🙂

  4. Mind The Gap dit :

    J’en ai entendu parler de ce livre. Comme ça, je dir

  5. Mind The Gap dit :

    je dirais qu’il ne me tente pas, sans trop savoir expliquer pourquoi…

  6. Lorouge dit :

    Il me tente terriblement, surligné sur ma lal et ce n’est pas ta lecture qui va me faire changer d’avis 😏😉

  7. Brigitte dit :

    Sur le thème du sort des femmes amérindiennes il y a Taqawan et un des livres de LOUISE Erdrich Dans le silence du vent

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