Mistral perdu ou les événements

J’avais bien aimé ce bouquin original d’Isabelle Monnin, Les gens dans l’enveloppe. Avec Mistral perdu, elle signe un livre autobiographique très émouvant, d’autant plus qu’elle est née deux ans après moi et que je me suis reconnue dans de nombreux détails de son enfance et de sa jeunesse !

J’ai mis un peu de temps à adhérer à l’écriture et en particulier à cette phrase récurrente qui ouvre chaque chapitre, et parfois plusieurs fois dans chaque chapitre : « Nous sommes deux. » Deux : elle et sa sœur, leur relation presque fusionnelle, grandissant dans un village à l’ombre d’une famille plutôt aimante, de gauche, une enfance banale mais dont la banalité est si poignante quand on a grandi et que certaines personnes qui ont fait intimement partie de cette enfance ont disparu… « le plus beau n’est pas à venir, il a eu lieu, avant-hier« .

« Il y a les hardos, ces garçons en vestes en jean neige qui se jettent par terre dans les couloirs en criant « Megadeath », il y a aussi les intellos, qui traînent livres, manteaux et regards tristes, les délurées, qui savent s’habiller jolies et changer de bouches à embrasser, […], il y a les habitués du bar Le Potache, flipper et lait fraise, il y a les rockeurs, ils ont des perfectos et plusieurs anneaux plantés dans le lobe gauche, il y a les new wave, ils crêpent leurs cheveux et se noircissent les ongles, il y a les paysans, fiers de leur accent et de leur résistance à l’alcool, il y a les babas cool, foulards mauves à n’en plus finir, il y a les étranges, admirés autant que craints, il y a quelques fils à papa mais peu de bourgeois et peu de très pauvres : nous sommes la classe moyenne, mélangée et indistincte« .

Cette phrase m’a vraiment parlé : c’était comme ça aussi dans mon lycée (je vous laisse deviner à quelle catégorie j’appartenais !!! :)) et aujourd’hui, je trouve que mes lycéens sont bien plus uniformes… Non ?

Et puis bien sûr les badges « touche pas à mon pote », les grève « Devaquet, au piquet ! », la mort de Malik Oussekine, les chansons de Gainsbourg et son lien trouble avec sa fille Charlotte, les voitures où les enfants n’étaient pas attachés à l’arrière. Et puis Renaud, le chanteur de Mistral gagnant et qui a été pour moi aussi une figure centrale de mon adolescence et je peux faire mienne la phrase de Isabelle Monnin : « Renaud n’est plus à ma taille. Il ne me va plus mais je le garde jusqu’à toujours dans mes placards. »

Un livre à la fois intime et générationnel, une lecture pleine de nostalgie !

« L’angoisse est de rater nos vies, nous disons cela : il ne faut pas rater sa vie. Personne pour nous souffler que dix ans plus tard seulement, j’appellerai ces inquiétudes nos insouciances. »

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8 commentaires pour Mistral perdu ou les événements

  1. Mind The Gap dit :

    Je n’avais pas voulu lire l’enveloppe…trop concept pour moi !
    Celui me plaît davantage, si le style est beau et émouvant ça peut le faire d’autant que la toile de fond est aussi la mienne quand j’étais jeune !
    Toi n je parie que tu étais du côté des hard rockeuses 😀
    Bises.

  2. Lorouge dit :

    Tu devais être très mignonne en hippie 😉😊 ce titre est dans ma Pal et j’ai vraiment hâte de le lire. Très belle phrase sur Renaud, c’est vrai que c’est tout à fait ça j’étais fan aussi de JJ. Goldman, j’adorais ses textes

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