Murambi, le livre des ossements

Avec mes élèves je travaille en ce moment sur le génocide rwandais et sur le manuel se trouvait un extrait de ce livre alors comme je suis tombée dessus à la médiathèque, je m’y suis plongée. Depuis le début de mon travail sur ce thème, cette histoire me hante un peu : comment imaginer  800 000 morts en 100 jours, 70 % de la population tutsie massacrée par les Hutus ?

L’auteur, sénégalais, participe, avec dix autres écrivains africains, en 1998 à un projet d’écriture sur le génocide des Tutsi au Rwanda et publie ce livre. Murambi : sinistre nom du lieu d’un des massacres. Les Tutsis avaient essayé de se réfugier dans l’église locale et les autorités (l’évêque et le maire) les ont attirés dans l’Ecole technique en les assurant qu’ils seraient protégés. Sur les 65 000 Tutsis, seule une trentaine aurait survécu… L’auteur imagine différents personnages et leur donne la parole : Faustin, un des membres de la milice des massacreurs, Jessica, engagée dans le FPR (Front Patriotique Rwandais), Tutsis camouflée par une carte d’identité hutue et qui lutte pour faire cesser le génocide, le colonel Perrin officier de l’armée française (et j’ai découvert à quel point la France avait joué un rôle trouble dans cette histoire). Et puis il y a Cornelius, de retour au Rwanda après des années d’exil, revenu pour connaître le secret de son histoire, tragiquement liée au génocide.

C’est sobre, documenté, poignant, magnifique. 

« Entre notre avenir et nous, des inconnus ont planté une sorte de machette géante. Vous avez beau faire, vous ne pouvez pas ne pas en tenir compte. La tragédie finit toujours par vous rattraper. »

Le personnage de Siméon Habineza, l’oncle de Cornelius, est un personnage lumineux et sage, voilà ce qu’il dit aux habitants de Murambi, après le massacre : « Quand j’étais jeune, c’est ainsi que les choses ont commencé. Après avoir détruit cette maison, vous allez rentrer chez vous. En chemin certains diront : ici habite un Hutu, pour nous venger prenons ses biens et tuons ses enfants. Mais après, vous ne pourrez plus vous arrêter pendant des années. Je veux vous dire ceci : vous avez souffert mais cela ne vous rend pas meilleurs que ceux qui vous ont fait souffrir. Ce sont des gens comme vous et moi. Le mal est en chacun de nous. Moi, Siméon Habineza, je répète que vous n’êtes pas meilleurs qu’eux. Maintenant, rentrez chez vous et réfléchissez : il y a un moment où il faut arrêter de verser le sang dans un pays. Chacun de vous doit avoir la force de penser que ce moment est arrivé. »

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7 commentaires pour Murambi, le livre des ossements

  1. Une lecture qui ne doit pas être évidente mais nécessaire pour ne pas oublier….. 🙂

  2. Claudine Cavalier dit :

    Ah oui, superbe, un grand souvenir de lecture pour ma part – lu en même temps que les premiers volumes de Jean Hatzfeld sur la tragédie rwandaise, il a tout autant marqué ma mémoire.

  3. krolfranca dit :

    Tu es dans les ossements, en ce moment… Je note ce titre… et non, en fait, il est déjà noté !

  4. Jerome dit :

    Il me tente terriblement ! Et sinon pour les grands ados je te conseille « La mémoire trouée », c’est un magnifiquement roman sur le génocide rwandais.

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