A la ligne

Je découvre ce superbe texte de Joseph Ponthus qui vient de mourir dernièrement d’un cancer foudroyant, à 42 ans. Ancien éducateur, nourri de littérature et débarqué en Bretagne par amour, il en vient à travailler à l’usine pour gagner sa vie et c’est cette expérience qu’il raconte dans ce livre complètement atypique, en vers libres. C’est fort, percutant, vibrant, poétique et authentique, ça m’a un peu fait penser aux poèmes de Thomas Vinau.

Il arrive à nous faire vivre de l’intérieur ce quotidien aliénant, abrutissant et terrible mais qui a aussi sa beauté, son univers de gens souvent solidaires. Il raconte l’usine de crevettes, l’égouttage du tofu et enfin l’abattoir, les cadences infernales, l’ennui, la fatigue du corps, l’impression que ça ne s’arrêtera jamais. Il raconte comment l’art et la beauté le sauvent car s’il arrive à traverser ses huit heures de boulot, c’est grâce à toutes les chansons qu’il se fredonne (Trenet, Brel et les autres), aux textes qu’il convoque, et grâce bien sûr à l’amour. Un texte superbe sur le monde ouvrier…

Et j’ai particulièrement aimé le parallèle qu’il fait entre la psychanalyse et l’usine !

« Ma vie n’aurait jamais été la même sans la psychanalyse Ma vie ne sera plus jamais la même depuis l’usine L’usine est un divan »

« Surtout bien après que j’ai arrêté l’analyse lacanienne L’usine m’a renvoyé en pleine gueule mes heures et mes heures de divan Le parallèle est évident Tout au moins me le semble-t-il Que viens-je faire ici A quoi bon Pourquoi ces telles pensées me viennent-elles à ce moment précis Pourquoi parler pourquoi se taire pourquoi écrire Pour quoi La fonction de l’analyse est d’être allongé sur un divan à devoir parler La fonction de l’usine est d’être debout à devoir travailler et se taire Et paradoxalement Vu le temps qu’on a de penser à l’usine quand le corps travaille Mes angoisses auraient dû sortir encore plus vivaces Ce n’est pas ma place mon boulot ma vie qu’est-ce que je fous là avec toutes mes années d’études ce que j’ai lu écrit ou compris du sens du monde Mais non Bien au contraire L’usine m’a apaisé comme un divan »

« Parfois c’est rassurant comme un cocon On fait sans faire Vagabondant dans ses pensées La vraie et seule liberté est intérieure Usine tu n’auras pas mon âme »

L’avis d’Aifelle, Hélène, Jérôme.

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6 commentaires pour A la ligne

  1. kathel dit :

    Je ne l’ai toujours pas lu, mais comment pourrais-je passer à côté ?

  2. aifelle dit :

    Un livre qui a frappé fort. J’ai grandi en milieu ouvrier, j’ai lu d’autres livres là-dessus, mais j’ai été scotchée par ce qu’il racontait du monde d’aujourd’hui, surtout dans le milieu agro-alimentaire. Il avait encore tant d’autres livres à faire, c’est d’une tristesse ….

  3. dasola dit :

    Bonsoir Sandrion, un très beau texte qui j’ai aussi recommandé. J’ai été surprise et très attristée par la disparition de Joseph Ponthus. Bonne soirée.

  4. dasola dit :

    Bonsoir Sandrion, j’avais beaucoup aimé ce beau texte d’un écrivain trop tôt disparu. J’ai été surprise et attristée en entendant l’annonce de la disparition de Joseph Ponthus.

  5. krolfranca dit :

    J’avais beaucoup aimé ce texte à la forme atypique.

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