Un homme presque parfait

J’avais commencé ce livre il y a quelques années et l’avais abandonné au bout d’une cinquantaine de pages. L’été dernier j’avais tellement aimé Le pont des soupirs que j’ai voulu redonner une chance à cet « homme presque parfait » que j’avais à peine rencontré !!

Et j’ai bien fait : pourtant j’ai dû m’accrocher cette fois encore et c’est au bout d’un bon tiers du roman que je suis enfin entrée dans l’histoire mais alors pour de bon jusqu’à la fin que j’ai quittée à regret…

On est dans une petite ville tranquille et paumée, North Bath, au nord de l’Etat de New-York, ruinée depuis que les sources thermales se sont taries. Sully est le protagoniste et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est très très loin d’être parfait… la soixantaine, divorcé, il enchaîne les galères et les petits boulots, refuse de soigner un genou qui a doublé de volume, traîne avec tous les paumés du coin. Au fur et à mesure du roman, on comprend mieux Sully, fils d’un homme alcoolique et violent qui empoisonne encore la vie de son fils au-delà de sa mort… En effet, incapable de lui pardonner il laisse pourrir la maison qu’il lui a laissé, refuse de s’engager avec Ruth, sa maîtresse depuis vingt ans, et n’a pas été capable d’entretenir de relation avec son fils Peter. Bref, il semble avoir fait tous les mauvais choix possibles…

Et plus le roman avance, plus on s’attache à ce looser de première qu’on découvre aussi capable de générosité bourrue, d’amitié. C’est l’amitié, l’attachement qui sont au centre de ce roman, les relations humaines, souvent manquées, complexes, douloureuses. Et autour de Sully gravitent toutes sortes de gens tout aussi branquignols et tout aussi attachants, la vieille Hattie, sourde et foldingue que sa fille Cass, qui tient le café-resto du coin garde à côté de la tout aussi vieille caisse enregistreuse car il n’y a que le bruit de cette caisse qui la maintienne en vie, Rub, le pote de Sully qui ressemble au chien bête et fidèle Rantanplan, Carl Roebuck à qui tout sourit, qui trompe sa femme à tout bout de champ et qui fournit les boulots les plus foireux à Sally et Rub.

Les dialogues sont savoureux, c’est plein d’humour et de réflexions très fines. Je lirai sûrement la suite, A malin, malin et demi où on retrouve apparemment les mêmes personnages !

Dans l’extrait suivant, le père de l’ex-femme de Sully, Vera, regarde autour de lui lors d’un repas épique de Thanksgiving : « Vera, sa fille malheureuse et son mari si patient ; puis l’ex-gendre estropié, Sully, le père du petit garçon Peter ; cette grosse femme triste, sans grâce, qu’il avait épousé ; enfin le petit garçon lui-même, sa quéquette à la main, débordant de vie et d’énergie. Robert Halsey contemplait le tableau, savait qu’il aimait chacun d’eux, mais conclut hic et nunc que même si sa dernière bouffée d’oxygène était aussi la dernière, il n’échangerait pas sa place contre celle d’aucun d’eux. »

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13 commentaires pour Un homme presque parfait

  1. Faire d’un looser un personnage sympathique…. Intéressant et nous avons tous et toutes parfois un petit côté looser. Richard Russo a en plus toujours des pointes d’ironie 🙂

  2. keisha41 dit :

    Oh oui, il faut lire la suite!!!

  3. aifelle dit :

    Après un petit temps d’adaptation, j’ai adoré ce roman. Il m’a aidée à passer le premier confinement. J’ai enchaîné assez vite avec « A malin, malin et demi » où j’ai eu le même plaisir de lecture.

  4. kathel dit :

    Je suis fan de Richard Russo ! Je n’ai pas lu celui-ci et sa suite dans l’ordre, mais c’était une lecture tout aussi rafraîchissante et prenante comme ça. Par contre, je n’avais pas accroché au Pont des soupirs, il faudra que je retente !

  5. Christine Dupuy dit :

    J’aime beaucoup Russo pour toutes les raisons que tu as évoquées. Tu ne devrais pas être déçue par « A malin, malin et demi » ..😘

  6. krolfranca dit :

    Moi aussi j’ai eu un petit temps d’adaptation et comme toi j’ai adoré, et comme toi j’avais adoré Le pont des soupirs et comme toi, je lirai A mali, malin et demi…

  7. Jerome dit :

    J’ai adoré ce roman ! Et j’ai retrouvé avec plaisir les personnages dans « A malin malin et demi ».

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