Comme des bêtes

Superbe ce court roman, conseillé chaudement par une collègue ! L’histoire se passe dans les Pyrénées et l’autrice, Violaine Bérot, sait dequoi elle parle puisqu’après être devenue ingénieure elle a tout quitté pour élever des chèvres dans un village pyrénéen ! Donc, dans un de ces villages, un randonneur a vu, dans une grotte, une petite fille de 6, 7 ans jouer nue avec un âne, gardée par un homme sauvage qui serait sûrement son père… Les gendarmes, alertés, sont venus chercher cet homme et l’ont enfermé.

Ce roman choral fait entendre plusieurs voix et plusieurs points de vue sur cet homme, surnommé « l’Ours » : est-il dangereux comme le prétend un voisin, un véritable handicapé social selon son ancienne institutrice, un homme différent mais empli de douceur d’après un ancien camarade de classe ? Les commérages et les rumeurs vont bon train… Et parmi ces voix, voici celle de sa mère, Mariette, toute d’amour et de colère envers ceux qui ont enfermé son fils, comme s’il était une bête ; en fait, il y a bien un lien fort entre ce garçon et les bêtes, lui seul sait les soigner comme s’il était un des leurs. Mais les vraies bêtes, dans le sens d’idiots et de brutes, ce sont les hommes, ceux qui ne savent qu’utiliser la force, et suivre l’opinion commune…

« Devant l’institutrice qui, je vous le répète, n’était pas une tendre, elle l’a embrassé, lui, son fils, notre idiot de l’école. Et elle ne l’a pas embrassé vite fait, sans y penser, par habitude, non, elle l’a embrassé avec une application et une lenteur incroyables. Ce baiser de mère, moi il m’a bouleversé. Vraiment. Un pareil amour entre une mère et son fils, je n’avais jamais vu ça. Je ne savais pas que c’était possible.« 

Entre chaque voix, on entend celle des fées, les fées qui, dit-on, habitent la grotte où on a trouvé la petite fille. Certains disent qu’elles volent les enfants, d’autres qu’elles les protègent…

C’est un roman brut, fort et très bien écrit dont la fin laisse sans souffle – je n’en dirai pas plus. Seule frustration : le fait qu’il soit si court !!

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8 commentaires pour Comme des bêtes

  1. aifelle dit :

    Voilà qui est intéressant. Je note.

  2. J’ai découvert cette auteure avec Tombée des nues, un court roman à la construction très originale et celui-ci comme le précédent évoque tellement bien les ambiances de petits villages. Une vraie belle découverte 🙂

  3. Claudine Cavalier dit :

    Je l’ai lu d’une traite ce matin, dans le RER, car ton compte-rendu m’en avait donné très envie. Et c’est vraiment un beau livre, donc merci beaucoup. Je ne connaissais pas du tout l’auteur.
    En le lisant, j’ai pensé au film d’Ali Abbasi intitulé Border, qui parle lui aussi de la question des marges et du traitement que réserve à leurs membres la société, à travers un mythe néo-païen (celui des Trolls et des changelins). Je ne sais pas si tu le connais : c’est plus ambigu que ce roman, plus horrifique aussi, mais très intéressant.

    • sandrion dit :

      Merci de ton retour ! J’ai le film Border dans mon disque dur, mais jamais regardé !! ton commentaire me donne envie de le voir mais je crois que j’ai toujours eu légèrement peur de le regarder…

      • Claudine Cavalier dit :

        Je comprends, Il faut voir en fonction de ta sensibilité. Le film comporte quelques aspects non seulement horrifiques, mais aussi très dérangeants, surtout dans sa seconde partie. Mais il a l’intérêt de proposer une vision vraiment riche et complexe de l’extrême marginalité, sans l’idéalisation à l’œuvre dans Comme des bêtes (où fées et géants sont bienfaisants et le monde réel ou normal, en gros, malfaisant). Ce n’est pas une fable à thèse : c’est une autre approche des choses.
        Si tu le regardes, j’espère qu’il te plaira.

      • sandrion dit :

        Merci pour ton retour !!

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