Nos vies en flammes

Après Nuits appalaches, je viens de finir un autre récit se déroulant dans la même région des Etats-Unis, lu grâce au conseil avisé d’une lectrice du blog (merci à elle !). David Joy, 38 ans seulement, dédie son roman à son « mentor et ami » Ron Rash, et effectivement on retrouve la même veine… en plus noir encore car de « joy » il n’y en a que dans son nom !

Le titre est à prendre dans tous les sens : les incendies ravagent la région, conséquence du réchauffement climatique, mais c’est surtout la drogue qui ravage quasiment toutes les familles, en particulier celle de Raymond Mathis, veuf retraité, dont le fils, junkie au dernier degré, cambriole régulièrement la maison de son père jusqu’à voler des fourchettes dépareillées. Un soir, son fils Ricky l’appelle à l’aide, il est kidnappé par un dealer qui le tuera si son père ne lui apporte pas 10 000 dollars… On suit Ray et son fils, un autre junkie et les flics, dont l’un, infiltré, cherche à trouver la tête pensante de ce trafic de drogue.

J’ai rarement lu un roman aussi précis et descriptif sur les ravages de la drogue, presque comme un documentaire. C’est extrêmement sombre, quasiment désespérant malgré quelques pages plus lyriques à la fin, sans aucun espoir ou presque. J’en avais presque du mal à respirer à la fin et c’était presque trop pour moi.

La postface est à lire, c’est un article paru dans une revue en 2020 intitulé « génération opioïdes » dans lequel l’auteur fustige vigoureusement l’industrie pharmaceutique responsable en grande partie de l’addiction d’un grand nombre d’Américains aux médicaments (en particulier l’OxyContin – j’ai pensé à l’excellent Petite sœur mon amour de Joyce Carol Oates) mais aussi la pauvreté qui pousse à boire ou se droguer : « Quand tout ce qu’on a c’est un billet de vingt dollars, vingt dollars ne repoussent pas les avis d’expulsion. Vingt dollars ne vous procurent pas une assurance-maladie. Vingt dollars ne suffisent pas à rembourser le prêt pour la voiture. Vingt dollars ne permettent même pas d’avoir de la lumière. Mais vingt dollars peuvent vous faire quitter ce monde pendant un petit moment. Rien qu’une minute. Juste le temps de respirer. C’est ce que tous les junkies que j’ai rencontrés voulaient : rien qu’une seconde pour respirer. » J’ai trouvé cette phrase tellement juste…

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15 commentaires pour Nos vies en flammes

  1. Emma dit :

    Un auteur que j’aime bien, je n’ai pas encore découvert celui-ci 🙂

  2. aifelle dit :

    J’en étouffe rien qu’à lire ton billet ! Un problème énorme aux Etats-Unis, mais je ne suis pas sûre d’avoir envie d’aborder le sujet en ce moment.

  3. keisha41 dit :

    Au fait, j’ai emprunté Nuits Appalaches J’ai lu un autre roman où l’oxycontin faisait des ravages…!

  4. Pas trop besoin de ce genre de récits actuellement….. 🙂

  5. Claudine Cavalier dit :

    Je suis contente que ce premier contact avec David Joy t’ait plu. Ce n’est certes pas un auteur à lire pour se remonter le moral, sauf si le moral est sensible à la qualité littéraire et à l’intelligence d’un auteur, ce qui peut arriver. Mais c’est un écrivain à suivre. 🙂
    Pour ce qui est de son nom, il est tellement paradoxal au regard du contenu de son œuvre que je me suis demandé si ce n’était pas un pseudonyme ironique. Mais je n’en sais rien.

    • sandrion dit :

      La qualité littéraire est au rdv, mais je crois que le sujet m’a prise à la gorge, tant il est traité de manière cash…

      • Claudine Cavalier dit :

        Je comprends sans peine.
        Attends peut-être un peu avant de lire d’autres titres de Joy, car c’est toujours une petite épreuve. 🙂

  6. kathel dit :

    Il y a quelques excellents auteurs de romans noirs américains (Ron Rash et Chris Offutt, entre autres), mais David Joy semble bien le plus sombre ! Je n’ai lu que Ce lien entre nous, et l’avais trouvé formidable.

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