La rivière du temps blessé

Au salon des éditeurs Terralire, j’ai discuté avec Antigone Trogadis, enseignante en lettres qui vient de publier son quatrième roman. J’avais lu et aimé Le rire amer d’Aristophane et j’ai été tout aussi séduite par La rivière du temps blessé, pourtant très différent du précédent.

Le « personnage » principal de ce roman c’est la rivière, qui coule, imperturbable, et voit les humains s’aimer et se détruire, autrefois comme aujourd’hui, et demain plus encore ; ainsi le roman est divisé en trois parties, trois époques reliées entre elles par de nombreux fils et un même lieu : le village de Lacaze, dans le Languedoc, inspiré sûrement du village tarnais du même nom.

En 1684, même si le châtelain Bertrand du Guilhet semble tolérer la présence des huguenots dans son village, on les regarde de travers. Pourtant, lorsque la toute jeune épouse de Bertrand, Madeleine, perd les eaux dans son huitième mois, elle n’hésite pas, en l’absence de la sage-femme officielle, à faire venir la huguenote Judith. Malheureusement elle perd son bébé et sombre dans une profonde dépression pendant que la haine contre les réformés grandit de plus en plus.

Un peu moins de trois siècles plus tard, en 1942, d’autres font les frais de cette haine et cette peur collectives : une famille juive, contrainte de se cacher, et des Résistants qui ont trouvé refuge près du même village. Peter van Rensburg, venu d’Afrique du Sud et dont les ancêtres sont liés à l’histoire précédente, habite le château et se trouve à son tour pris dans la tourmente de l’histoire…

Le dernier récit est à la première personne : un jeune homme en 2039, habite ce qui reste du village de Lacaze, c’est-à-dire des ruines car l’avidité des hommes a quasiment tout détruit, il ne reste plus que des sites de forage, de la poussière, des gens très riches et d’autres vivant dans des « écolieux » et tentant de survivre. Marc, le jeune narrateur, a choisi de travailler pour la Compagnie Talisman S.A., par amour pour Maïa, qui tombe brusquement malade.

La nature tient une place importante et se voit rudement malmenée par les hommes dont l’autrice pointe, à travers ces trois histoires au style foisonnant, littéraire et poétique, tous les travers, cupidité, haine, jalousie, volonté de puissance. J’ai pourtant quitté à regret ces personnages, en particulier ceux des deux premiers récits. Un très beau roman !

Cet article a été publié dans littérature française. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s