Entre toutes les mères

Attention, si vous êtes maman ce livre ne peut que déranger, bousculer, interroger…

Le récit central est raconté par Blythe, la narratrice, qui s’adresse à son mari (on sait dès le premier chapitre que c’est son ex-mari car elle le voit, chez lui avec sa nouvelle femme, depuis sa voiture dehors…) dans un long retour en arrière. Elle raconte leur amour, leur impatience face à sa grossesse et l’arrivée de leur fille Violet, l’impossibilité alors pour Blythe d’éprouver de l’amour, ses terreurs face à cette relation qui n’a pas lieu, son absolue détresse. Que Violet devienne de plus en plus dure, est-ce sa faute à elle ? Celle de Violet ? « Mais Violet était aussi violente qu’un cyclone. Et j’avais de plus en plus peur d’elle. » Blythe est profondément seule face à ses doutes, sa culpabilité, son mari, Fox, fou de sa fille qui le lui rend bien, ne voit rien… En parallèle, à la troisième personne, l’autrice raconte deux autres relations mère-fille gravement dysfonctionnelles, celle qui a lié Blythe à sa mère Cecilia, et celle entre Cecilia et sa propre mère Etta. Trois générations de femmes pour lesquelles le lien mère-fille est plus que difficile. Comment briser le poids de cet héritage ?

C’est un livre magnifiquement traduit par une autrice que j’aime beaucoup, Julia Kerninon, qui a dernièrement également interrogé l’expérience profondément bouleversante et ambiguë qu’est la maternité dans Toucher la terre ferme, dans lequel elle fait part de pensées sensiblement similaires à celle ci-dessous :

« Assise dans le noir sur le fauteuil à bascule, pendant que mon lait coulait à flots, je réfléchissais à des moyens de m’échapper. Je m’imaginais la reposer dans le berceau et fuir au beau milieu de la nuit. Je pensais à l’endroit où se trouvait mon passeport. Aux centaines de vols affichés sur le panneau des départs à l’aéroport. A combien d’argent je pouvais retirer d’un seul coup du distributeur. A laisser mon téléphone sur la table de chevet. Au temps qu’il faudrait pour que mon lait se tarisse, pour que mes seins effacent toute preuve de sa naissance. Je n’ai jamais laissé ces pensées traverser mes lèvres. Je sais que ce sont des pensées que la plupart des mères n’ont jamais.« 

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8 commentaires pour Entre toutes les mères

  1. kathel dit :

    Je ne suis pas sûre d’avoir envie de lire ce roman si dérangeant…

  2. aifelle dit :

    Je ne suis pas mère, ce serait plus facile de me mettre à distance. Y a-t’il une explication à ce rejet générationnel ? ou l’autrice laisse la lectrice dans le flou ? Une telle indifférence doit avoir une racine bien profonde.

  3. Une Comète dit :

    je suis sûre d’avoir envie moi 😉 ce sujet me passionne !

  4. Une Comète dit :

    Je l’ai commencé hier soir !:)

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