Sauvage

Décidément je suis rarement déçue quand je lis un roman des éditions Gallmeister ! Attention, livre inclassable et fascinant et je ferai bien attention de ne pas trop en dire…

Tracy Petrikoff a 17 ans, vit au fin fond de l’Alaska avec son père ancien champion de l’Iditarod (course avec les chiens de traineaux) et son jeune frère Scott. Rebelle, sauvage, toujours en colère, elle ne vit que pour s’enfuir en forêt avec les chiens, relever ses collets et rapporter ses prises à la maison. C’est un besoin viscéral, si elle ne sort pas pendant plusieurs jours, elle se sent vide et mal : « J’ai senti quelque chose de sauvage monter en moi. Un puissant désir de courir aussi loin que je pouvais, jusqu’à ce que la tête se vide intégralement et que ma peau s’arrête de bourdonner que que je sois capable de me concentrer suffisamment longtemps pour poser un collet et attendre qu’une petite bête se pointe, et alors là je pourrais m’abandonner complètement quelques instants, mes yeux et mes oreilles cesseraient de m’appartenir, ce seraient ceux d’une marte ou bien d’un écureuil. »

Un jour attaquée dans les bois, elle perd connaissance et se réveille couverte de sang, pensant avoir tué son agresseur. Cet épisode qu’elle tait à son père va déclencher toute cette étrange histoire à la frontière du surnaturel, car Tracy a un don, lié à sa mère décédée quelque temps plus tôt, cette mère qui avait comme règle numéro un interdit formellement à sa fille de faire saigner un humain, les animaux oui mais pas les humains.

Il faut se laisser embarquer dans ces étendues de neige, le blanc tranchant avec le rouge des animaux chassés, avec ces nombreux chiens, se laisser entraîner dans les méandres de la nature sauvage de Tracy, jusqu’à une fin percutante, mais cohérente.

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Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs

Quel merveilleux livre dédié « à tous les paumés, les assoiffés, les agités, les imparfaits » (et quelle belle couverture) ! Un peu comme Barbara Cassin, elle mêle philosophie et autobiographie, et c’est très réussi. Elle nous propose une sorte de voyage philosophique, littéraire et intime à travers les différentes émotions qu’en tant que grande émotive, elle connaît bien, pour que le lecteur puisse mieux les connaître, les apprivoiser, et apprendre ce qu’elles ont à nous dire.

« Moi, je me sentais toujours à contretemps, à contretemps pour frapper des mains à l’école maternelle, à contretemps dans les chorales, et d’ailleurs je ne chantais pas ; à contretemps pour jouer à la balle aux prisonniers, et le ballon m’arrivait droit sur la tête. »

Chaque chapitre concerne une émotion : nostalgie, regret, remords, angoisse, compassion, antipathie, colère, envie, jalousie, émerveillement, gratitude. Avec beaucoup d’authenticité, de lucidité et d’humour, elle touche juste, parce que chaque réflexion, chaque référence philosophique ou littéraire s’appuie d’abord et avant tout sur une expérience à la fois très intime et dans laquelle chacun de nous peut se retrouver, par exemple la nostalgie alors qu’elle se retrouve en Allemagne en hiver seule dans une cité universitaire… « Je n’avais jamais ressenti aussi fortement l’appel de la maison de mon enfance ; je n’avais pas connu la nostalgie. Je n’ai d’ailleurs plus jamais éprouvé par la suite une nostalgie aussi parfaite que lors de ces soirées solitaires à regarder l’hiver mourir – une nostalgie désespérée, mais presque consolante, semblable aux caprices que les enfants piquent par fatigue, avant de s’endormir épuisés par tout cet afflux de larmes. » C’est exactement ce que j’ai ressenti moi aussi à 16 ans quand je suis partie passer un an dans une famille d’accueil en Allemagne !

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Guacamole

La période mixée tire à sa fin !! Encore une dernière recette qui va aussi très bien pour le challenge « Cuisine de l’automne » et même « Halloween » (voir la photo…) Allons jeter un coup d’œil dans la cuisine d’Isabelle, ça sent déjà très bon…

Ingrédients :

  • 2 avocats
  • 2 cuillères à soupe de citron vert
  • 80 g oignons rouges
  • 50 g tomates
  • 20 feuilles de coriandre fraîche
  • sel, poivre

Préparation :

Mixer au robot d’abord les oignons et la tomate coupés en morceaux, avec les feuilles de coriandre. Racler et rajouter tout le reste et mixer (pour mon robot c’est 20 secondes vitesse 4)

Et il paraît que si on met les noyaux dans le guacamole il ne noircit pas ! Effectivement ça a bien marché et c’est délicieux…

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Marguerite

Même si, finalement, je ne proposerai pas les 6 ouvrages du Prix Folio à mes élèves, vu ma grosse déception à la lecture de 4 d’entre eux, j’ai fini par lire le dernier du lot et… bonne pioche !

Marguerite, on la rencontre au premier chapitre, l’été 44, en mauvaise posture : pour avoir couché avec un « Boche », elle est tondue sur la place du village et heureusement qu’un flic sympa la protège de la foule haineuse qui serait prête à bien pire…

Tout le roman est un retour en arrière, depuis 1939 où Marguerite goûte son mariage tout neuf avec Pierre, le sexe joyeux entre eux, les plaisirs simples… et bien éphémères puisque Pierre doit partir avec tous les autres à la guerre. De 39 à 45 on partage le quotidien de ce bout de femme au caractère bien trempé, la solitude puis le sentiment étrange et pas désagréable d’une liberté retrouvée, les rationnements, l’embauche à l’usine, le comportement écœurant de certains hommes, l’amitié avec Raymonde, la postière, et avec André le petit gitan, et enfin Franz, l’Allemand pas comme les autres.

C’est écrit simplement, au présent, dans une langue sensuelle et précise, Marguerite est vraiment un beau personnage de femme. J’avais aussi bien aimé Le cahier de recettes, du même auteur.

Un très bon moment de lecture !

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Le bonheur, sa dent douce à la mort

Il y a quelque temps j’avais écouté l’autrice, Barbara Cassin, parler de son autobiographie philosophique à la Grande Librairie, qui m’avait beaucoup tentée. Je viens de la terminer et même si je ne suis pas toujours d’accord avec ses positions et que j’y ai trouvé quelques longueurs j’ai beaucoup aimé ce bouquin. Elle est réjouissante cette femme, libre, puissante, pleine d’une énergie vitale contagieuse, absolument pas dogmatique et pleine d’humour.

Et ce livre est comme elle, il procède à sauts et à gambades comme aurait dit Montaigne, de manière non linéaire mais par association d’idées, en partant de phrases qui ont ponctué sa vie, et à partir desquelles elle développe sa pensées, ses souvenirs, ses émotions. Il se lit comme un roman, tant sa vie semble en être un, elle qui a connu René Char, participé à de riches chantiers intellectuels collectifs, contribué au collectif Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud, refusé LA Vérité au profit du mensonge, des multiples et de l’altérité.

Et la fin est magnifique, un hommage superbe au couple vivant et dynamique qu’elle a formé avec son mari Etienne, qu’elle a accompagné vers la mort : « « « Nous étions incroyablement heureux, alors qu’il était mourant. C’est fou. Mais ce n’est pas fou du tout : cela tient à la perception de ce qu’est, un autre« .

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Sa préférée

Je n’avais pas entendu parler du livre et j’ai commencé sans avoir lu la 4e de couv, de temps en temps c’est génial d’être dans la pure découverte et là ça commençait fort… « Tout à coup il a un fusil dans les mains. La minute d’avant, je le jure, on mangeait des pommes de terre. » Lui c’est le père, un monstre, un vrai, à l’alcool mauvais, qui tyrannise sa femme et ses deux filles, Emma l’aînée et Jeanne la cadette. C’est elle la narratrice et elle raconte, les dents serrées, l’estomac en vrac, mais lucide et affutée, les coups, les insultes, les stratégies, cette danse macabre dont elle connaît par cœur chaque mouvement, le docteur Fauchère qui vient soigner les blessures de Jeanne à huit ans et détourne le regard lorsqu’elle s’écrit « c’est mon père »…

Elle raconte comment elle réussit à s’extraire de ce lieu sinistre de montagne au cœur du Valais, pour l’internat de Lausanne, le bonheur d’apprendre à nager dans le lac Léman et la fascination pour les filles surtout celles qui sont à l’opposé du monde de son enfance…

C’est triste et très fort, écrit en phrases souvent courtes, nerveuses et sombres, ça se lit d’une traite, au plus père des tentatives de Jeanne pour fuir cet univers terrible. Les différents sens du titre se dévoilent jusqu’à la fin.

« Je vivais sur mes gardes, je n’étais jamais tranquille, j’avais la trouille collée au corps en permanence. Je voyais la faiblesse de ma mère, la stupidité et la cruauté de mon père. Je voyais l’innocence de ma sœur aînée. Je voyais tout. Et je savais que je n’étais pas de la même trempe qu’eux. Ma faiblesse à moi, c’était l’orgueil. Un orgueil qui m’a tenue vaillante et debout. Il m’a perdue aussi. J’étais une enfant. Je comprenais sans savoir. »

Un grand merci à ma collègue qui m’a glissé ce court roman dans le casier ! Après avoir eu une classe de seconde particulièrement pénible durant deux heures vendredi après-midi dernier c’était parfait pour décompresser et passer à autre chose !

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Mousse avocat saumon fumé / Mousseline de saumon

Repas mixés, suite (vous êtes prévenus ça va durer un mois…) Voici deux idées d’entrée cette fois-ci ! Chez Isabelle les recettes seront sûrement plus variées !!

Ingrédients (pour 3 verrines)

  • 2 avocats
  • 3 cuillères à soupe de fromage blanc ou de crème fraîche (j’ai fait un mix)
  • jus d’1/2 citron
  • quelques tranches de saumon fumé
  • sel, poivre, poivre 5 baies

Préparation :

Mixer tous les aliments, sauf une tranche coupée en tout petit pour décorer. En fait, le blender ne marche pas pour le mixé, j’ai dû tout retirer et mettre dans mon robot.

Et voilà ! C’était très bon et c’est surtout nourrissant !

Et pour la mousseline de saumon, c’est très simple ! Mixer environ 400g de saumon frais cru avec 3 blancs d’œufs (vous verrez la semaine prochaine à quoi m’ont servi les trois jaunes), sel, poivre, paprika, et hop, 45mn dans un plat à cake recouvert d’une feuille d’alu au four à 180° au bain-marie ! Il suffit de laisser bien refroidir avant de démouler… C’est aussi très très bon, avec de l’aneth et du citron.

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C’est la guerre

Je ne connaissais pas du tout cet auteur et j’ai lu ce livre grâce à Marie-Hélène Lafon, une autrice que j’admire : elle disait à la dernière Grande Librairie qu’a animée Busnel, que c’était l’auteur qui l’avait le plus inspirée .

C’est effectivement une sacrée écriture ! Calaferte a écrit ce texte en 1993, quelques mois avant de mourir, en s’inspirant de sa propre histoire puisqu’il avait à peu près l’âge de son personnage ; il raconte la seconde guerre du point de vue d’un enfant qui a une dizaine d’années quand elle commence et 15 quand elle se termine. Tous les discours des uns et des autres, au village, sont mis sur le même plan, les réflexions de l’enfant, les propos antisémites, pro-Pétain, les réflexions hypocrites, les hypothèses naïves ou farfelues. C’est une écriture brute, puissante, charnelle, souvent sans ponctuation ou sous forme de poème en prose.

« Il arrive encore des chevaux d’en bas et d’en haut.
Avec des paysans.
On a froid.
Est-ce que les chevaux ont froid ?
Les paysans parlent à leurs chevaux.
Les paysans caressent leurs chevaux.
Les chevaux bourrent leurs têtes contre eux.
Les chevaux hénissent.
Comme s’ils pleuraient.
Il arrive encore des chevaux de partout.
Ça tape sur la route.
Ça tape sur le chemin.
Les paysans serrent la bouche.
Les paysans caressent les naseaux de leurs chevaux.
Il y a un paysan qui pleure.
Il y a un autre paysan qui pleure.
Ils tournent la tête pour qu’on ne les voie pas pleurer. »

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Quand tu écouteras cette chanson

La collection Ma nuit au musée regroupe des œuvres écrites par des auteurs (connus) qui ont choisi un musée où ils doivent passer la nuit. J’avais lu celui de Leïla Slimani Le parfum des fleurs la nuit qui m’avait plu mais sans plus. J’ai été beaucoup plus touchée par le récit de Lola Lafon qui dormira (peu !) dans la fameuse Annexe où se sont cachés durant deux ans Anne Frank, sa famille et d’autres personnes, 8 en tout dans un peu plus de 40 m2.

On en apprend évidemment sur cette jeune fille qu’on a tous l’impression de connaître, mais qui nous échappe précisément pour cette raison, qui a été vénérée, adulée, mais dont l’œuvre a été aussi souvent transformée, voire niée, et L. Nussbaum, une des dernières personnes à avoir bien connu les Frank dit ceci à l’autrice : « Elle n’est pas une sainte. Pas un symbole. Son Journal est l’œuvre d’une jeune fille victime d’un génocide, perpétré dans l’indifférence absolue de tous ceux qui savaient. » Lola Lafon réussit très bien, en se basant sur des extraits du Journal, à la faire vivre un peu plus et à nous faire rencontrer, derrière la jeune fille impertinente et son destin tragique, l’écrivain en herbe qu’elle était aussi : « La bouteille à la mer qu’Anne Frank a lancée, nous l’avons reçue. Nous l’avons chérie, ébahis qu’elle nous soit parvenue. Elle nous est si précieuse que nous nous soucions moins du contenu de cette bouteille que de la bouteille elle-même. »

Et en même temps, elle raconte cette nuit si particulière d’août 2021, toutes les émotions qui l’ont traversée, confrontée à sa propre histoire qu’elle a toujours tenté de mettre à distance, juive elle-même issue de survivants. Le titre s’explique à la fin et c’est très émouvant…

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Crème brûlée au pain d’épices

Finalement cette obligation de manger mixé me fait faire quelques belles découvertes ! Ce dessert est juste sublime… et pas difficile, il faut juste le faire plusieurs heures à l’avance.

Ingrédients (pour trois)

  • 3 jaunes d’oeufs
  • 60 g sucre
  • 35 g pain d’épices
  • 300 ml de crème liquide
  • un peu de cassonade pour caraméliser

Préparation :

Faire chauffer la crème et avant ébullition sortir du feu et y faire tremper le pain d’épices coupé en morceaux. Filtrer cette préparation au bout de 15mn et la verser dans les œufs et le sucre battus.

Verser dans des ramequins et faire cuire à 120° au bain-marie pendant 1h30. Laisser refroidir puis passer au chalumeau (je n’en ai pas, je mets 5mn, en surveillant, au grill du four).

Le petit goût de pain d’épices est vraiment excellent ! Et avec les blancs, j’ai fait la mousseline au saumon de la semaine dernière ! (j’ai préparé les deux le même jour bien sûr)

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