La huitième vie

Pour un « pavé de l’été », c’en est un !! Avec ses 955 pages et ses 1,2 kg j’appréhendais un peu de m’y lancer mais j’avais le défi du challenge proposé chaque année par Brizé et c’était un cadeau de ma belle-sœur estonienne… Et bien, je ressors un peu sonnée de ce roman aux motifs chatoyants et au souffle puissant.

La narratrice c’est Niza, née en Géorgie et vivant en Allemagne ; elle écrit à sa nièce Brilka restée au pays et qui vient de fuguer pour rejoindre sa tante, afin de lui raconter toute l’histoire de la famille Iachi depuis 1917. En parallèle c’est aussi l’occasion pour l’auteure, comme Niza née en Géorgie et vivant en Allemagne, de raconter l’histoire de son pays, largement mêlée à celle de la Russie. Pour quelqu’un qui ne connaît pas du tout la Géorgie c’était vraiment intéressant et j’ai appris énormément de choses. Quant à la saga familiale des Iachi, racontée sur 7 longs chapitres, chacun centré sur un personnage, elle est fascinante, remplie de tragédies et de secrets. Elle commence par un chocolatier dont la recette du chocolat chaud, qui se transmet de génération en génération, procure à la fois l’extase et la malédiction… Quant à Brilka, elle est celle qui porte les espoirs de Niza, celle dont l’histoire reste à écrire puisque le roman se clôt par la mention « livre VIII : BRILKA » suivie d’une page blanche… :  « Passe à travers toutes les guerres. Passe à travers toutes les frontières. Je te dédie tous les dieux et tous les rosaires, toutes les brûlures, tous les espoirs décapités, toutes les histoires. Passe au travers. Tu en as les moyens, Brilka. Pense au huit. Nous serons tous reliés à jamais dans ce chiffre, nous pourrons nous écouter les uns les autres à jamais, par-delà les siècles. Tu en seras capable. Sois tout ce que nous avons été et n’avons pas été. Sois lieutenant, funambule, marin, comédienne, cinéaste, pianiste, amante, mère, infirmière, écrivain, sois rouge, et blanche, et bleue, sois le chaos et sois le ciel, sois eux et sois moi, et ne sois rien de tout cela, danse surtout d’innombrables pas de deux. Passe à travers cette histoire, laisse-la derrière toi. »

Un très beau roman qui m’a plongée dans un autre monde et une autre époque et c’est bien ce que j’aime dans la lecture d’un gros pavé !

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Publié dans littérature étrangère | 5 commentaires

La valse oubliée

Le thème est vieux comme le monde… une jeune femme tombe amoureuse d’un homme marié. Mais l’écriture est plutôt originale : l’histoire est racontée à la première personne, du point de vue de Gina, mariée à Connor (on est en Irlande). Avec un regard froid et presque détaché, elle cherche à cerner le point de départ de cette passion qu’elle finit par porter à Sean, le mari d’une voisine de sa sœur : est-ce lors d’un échange de regards au fond du jardin ? quand ils ont échangé un baiser et que la fille de Sean les a surpris ? Elle analyse, avec humour et lucidité, l’évolution de cette passion, son absurdité, sa part de tristesse et de solitude, l’impact sur les proches. C’est très juste et très fort.

« Si l’amour est une histoire que nous nous racontons, alors mon histoire n’était pas la bonne. A moins que la passion ne soit seulement, et toujours, un truc aberrant. »

« Tous les enfants sont beaux : ce truc qu’ils font avec leurs yeux qui paraît tellement impressionnant, quand ils vous englobent du regard, ou paraissent vous englober du regard ; c’est comme d’être observé par un extraterrestre, ou un chat – qui peut savoir ce qu’ils voient ? »

Publié dans littérature étrangère | 4 commentaires

Secrets enterrés

Je ne me souviens plus sur quel blog j’avais lu un billet élogieux sur ce roman mais après coup, je découvre que Sharon elle-même l’a lu et apprécié !! Comme elle, j’ai bien envie de lire les autres enquêtes de Ellie MacIntosh, j’aurais d’ailleurs dû commencer par les deux premières !

Dans ce roman, elle est appelée par son grand-père qui a découvert un cadavre sur ses terres, apparemment dont la mort n’est pas récente. Et Ellie a l’impression que son grand-père en sait plus qu’il ne le dit…

En parallèle, deux flics sont assassinés, Ellie et son coéquipier Grasso mènent l’enquête, aidés de Jason Santiago, son précédent coéquipier qui se remet d’une blessure par balle et est censé se reposer.

L’intrigue est bien troussée, on suit cette petite troupe hétéroclite, les affaires de cœur d’Ellie qui hésite à s’engager, des secrets de famille bien enterrés mais… pas suffisamment. Bref, une lecture agréable qui ne me laissera pas de souvenir impérissable non plus.

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Ce que savait la nuit

Je démarre le challenge « polars » avec ce nouveau roman d’Arnaldur Indridason mais décidément, j’ai du mal quand Erlendur n’est pas le héros de l’histoire…

Un cadavre est retrouvé par des touristes dans un glacier. Il a été conservé pendant des années par la glace. Le policier Konrad, à la retraite, ne peut s’empêcher de suivre l’affaire car il a des années auparavant, mené l’enquête suite à la disparition d’un homme, Sigurvin, qui est bien celui retrouvé sous la glace. Un homme avait été emprisonné et était mort en clamant son innocence. La découverte du cadavre relance l’enquête.

Je n’ai pas été convaincue, ni par l’histoire, ni par l’écriture que j’ai trouvée sans charme particulier. Je ne crois pas que je continuerai à lire cet auteur alors que j’ai tant aimé les enquêtes d’Erlendur !

Publié dans romans policiers | 3 commentaires

Né d’aucune femme

Mon amie Christine m’a convaincue de lire ce roman dont les billets souvent très élogieux m’ont tenue à l’écart tant le sujet avait l’air sombre. Mais elle a bien fait d’insister : quelle écriture et quel personnage !!

Pourtant effectivement c’est plus que sombre… Rose, 14 ans, est vendue par son père à un être dur et cruel, le « maître des forges », et sa mère, une vieille femme tout aussi terrifiante que son fils. Au début elle est seulement exploitée en tant que servante mais on sent que ces maîtres sans cœur ont un projet bien plus terrible pour elle… Au domaine seul Edmond le palefrenier lui parle avec douceur et la fait un jour monter sur sa jument Artemis. Le désir muet qui les anime tous les deux confère à ce moment une grâce particulière qui sera détruite par le calvaire que Rose va devoir endurer.

Certaines scènes sont particulièrement dures (j’avoue mon petit cœur sensible a vraiment eu du mal…) mais l’écriture est splendide, on s’attache tout particulièrement à cette femme si forte mais aussi au prêtre Gabriel, celui qui reçoit les cahiers de Rose, à Edmond ou aux parents de Rose.

Difficile d’en dire plus sur ce roman complexe et poignant, dont j’ai dû relire tout le début une fois la dernière page lue mais il risque de vous hanter comme il l’a fait pour moi, je l’ai terminé il y a quelques jours et l’histoire reste encore en moi…

« Il savait au fond de lui que seuls les hommes sont des animaux terrestres, et les femmes et les enfants, des oiseaux. »

L’avis enthousiaste de Saxaoul – L’horizon des mots –

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J’ai toujours ton cœur avec moi

Siggy vient de mourir, c’est la mère de la narratrice et pour elle c’est l’occasion d’un retour en arrière, dans ses souvenirs d’une mère incroyablement fantasque mais jamais maternelle, et de sa propre maternité plus que compliquée… En revenant dans la maison que Siggy lui a léguée, sur une île perdue d’Islande, Hildur va peut-être enfin trouver le chemin d’une réconciliation avec elle-même.

Ce très court roman possède un charme poétique, onirique et mélancolique à la fois et je l’ai parcouru d’une traite.

« Qui était cette femme ? Ce n’était pas ma mère. Pourtant, elle m’avait mise au monde. Voilà pourquoi il m’arrive de l’appeler maman. Je la vénère et je la crains, comme le dieu Shiva qui façonne et défait toute chose. Dans mon souvenir, elle a passé sa vie à mourir, et je ne sais pas s’il s’agit de son histoire ou de la mienne. »

« Les rues dévalent une à une dans un puissant flot tandis que les images de Siggy viennent se briser contre la surface du fjord dans un flash aveuglant. Je ne suis qu’une spectatrice tourbillonnante aux yeux rouges, à la peau blanche et à l’âme bleu roche. »

L’avis de Kathel qui en parle très joliment et a choisi aussi un des deux extraits que j’ai mis dans mon billet – et de jérôme.

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Réseaux

Ce bouquin de littérature jeunesse en deux tomes, lu parce que vivement conseillé par mon fils de presque 13 ans, s’est révélé une lecture passionnante et haletante !

Au début on est pas mal perdu : des chapitres très courts se succèdent, chacun avec la mention Jour – 30 ou Jour – 28 et l’heure, et centré autour d’un personnage. Les personnages sont assez nombreux et les liens se créent au fur et à mesure du roman. L’histoire se passe de nos jours mais dans un univers où le numérique a pris encore plus de place. Sur le net un nouveau réseau social est né : le DKB (DreamKatcherbook) où chacun partage ses rêves et ses cauchemars. Une jeune fille psychologiquement fragile, Sixtine (pseudo Sixiedreamy), poste ses cauchemars prémonitoires sur Mydarkplaces, sorte de page cachée à laquelle seuls les « nightfellows » ont accès. Peu à peu elle devient l’enjeu central de plusieurs réseaux : celui de la contestation étudiante, celui d’un personnage étrange, plutôt malsain et schizophrène, César Diaz (alias Nada#1), qui entraîne des milliers de fans à le suivre sur des jeux (« Play It for Real » est son slogan !) réels visant les acteurs politiques et celui de la police, qui révèlera, surtout dans le seconde tome, une face plutôt sombre…

Difficile d’en dire trop, très ardu de résumer ce qui se met en place comme un puzzle fascinant, troublant et assez noir (j’ai trouvé qu’il y avait un peu trop de morts pour un livre de littérature jeunesse !!). Les personnages s’étoffent au fil du roman, l’intrigue est franchement bien ficelée, c’est dense, riche et on a du mal à s’arrêter de lire !

A conseiller à partir de 14 ans (même si mon fils – pas encore 13 ans – l’a dévoré au point d’en faire un de ses romans favoris !)

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