Le livre que je ne voulais pas écrire

Erwan Larher, c’est le chouchou de pas mal de blogueuses, il paraît qu’il est, en plus, beau et gentil et d’ailleurs, un jour, je lirai Marguerite n’aime pas ses fesses (je suis allée voir sur Google : effectivement, il est craquant – et sa nouvelle compagne est une vraie beauté aussi !!)

Erwan Larher était au Bataclan, ce vendredi 13 novembre, il y a presque pile 2 ans et même s’il ne voulait pas l’écrire, son témoignage, il a fini par le faire, en écrivain. Et c’est vraiment réussi, écrit sur le fil du rasoir, il trouve le ton juste sans jamais tomber dans le pathos. C’est émouvant, drôle, authentique. Il évoque ce qu’il a vécu : son lien au rock, son arrivée au Bataclan, sa blessure d’une balle dans les fesses, son calvaire de plusieurs heures, au sol dans le sang avant qu’on le rapatrie à l’hôpital, le long séjour là-bas, le vrai héroïsme des soignants et la solidarité de ses proches. Pour ce récit, il utilise le « tu » (et il s’en explique à la fin de son livre : « tu patauges donc à la première personne du singulier dans ton médiocre objet pas du tout littéraire quand tu décides d’essayer de le passer à la deuxième, comme on ripoline un vieux mur salpêtré. »). Ceux qui disent « je » sont 15 personnes (amis, parents, proches – écrivains ou non ; Sigolène Vinson en est une) qui racontent, « vu du dehors », le 13 novembre de leur point de vue, et ce contraste est tout à fait efficace.

J’ai apprécié l’authenticité du propos, le souci de se montrer dans toute son humanité, sans omettre les aspects honteux (se soucier de ses santiags perdues, par exemple, à l’hôpital, plus que tout autre chose !) ou ridicules. On sourit, on rit parfois et par moments, on a le coeur plus que serré : comme dans la vie quoi !

« Le ciel noir, le froid, ton Ange, l’évidence soudain que nous sommes bien une âme dans un corps, âme quiète qui se déprend de ton corps gourd, de ton corps inutile, et une autre évidence soudain superposée : il ne faut pas mourir seul mais la main dans une autre main. »

L’avis de Saxaoul !

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Courge butternut farcie

Je ne pense pas que ce soit très québécois mais qu’est-ce que c’était bon, cette butternut farcie !! Et on est en plein dans la saison 🙂

D’autres québécoiseries chez Syl, Enna – d’autres sûrement, au fur et à mesure de la journée qui s’annonce brouillardeuse, comme hier…

Ingrédients :

  • une courge butternut
  • de la poitrine fumée
  • un reste de riz
  • une vingtaine de noisettes
  • une demi-bûche de chèvre
  • quelques feuilles de sauge
  • sel, poivre

Préparation :

Badigeonner les deux morceaux de courge (vidés de leurs pépins) d’huile et les mettre au four 40 à 45 mn.

Vider le contenu (en laissant un peu de chair quand même) dans un saladier avec le chèvre coupé en petits morceaux, la poitrine fumée coupée en petits morceaux (revenus un peu dans la poele), la sauge, les noisettes (écrasées avec un rouleau à pâtisserie – perso, j’aime bien les morceaux), le reste de riz, le sel et le poivre.

Bien mélanger et remplir les courges avec.

Cuire environ 20 mn…

… et se régaler !! Le mélange courge-chèvre-noisettes-sauge est très réussi !

J’avais déjà proposé une courge farcie début octobre, au saumon et quinoa.

 

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Que faisions-nous le 11/11 à 11h11 ?

Le rendez-vous mensuel, cette fois-ci le 11/11 à 11h11, un samedi, j’étais en train de jouer de la flûte dans mon bureau ; quand mon portable m’a fait un clin d’oeil pour le rappel, j’ai juste posé ma flûte sur mon pupitre pour la photo !

Chez Enna, la mosaïque avec toutes les photos

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Summer

Comme dans Par le vent pleuré (que j’ai lu dernièrement mais que j’ai eu la flemme de mettre en billet, pourtant j’ai aimé, car c’est Ron Rash, même si moins que les précédents), une jeune fille a disparu près d’un lac, le lac Léman, en été… Son frère Benjamin ne s’en remet pas et raconte, en de fréquents aller-retours entre le passé et son présent dévasté, l’histoire de sa famille.

Summer a 19 ans lorsqu’elle disparaît (Benjamin en a 15), après un pique-nique en forêt. Par petites touches, on sent bien que l’harmonie familiale n’est que façade : un père tout-puissant, dans la séduction permanente et souvent absent de la maison, une mère autocentrée et une bonne humeur lisse qui cache bien des aspects sombres… comme dans les rêves récurrents de Benjamin qui, plus de vingt ans après le drame, rêve régulièrement du corps de sa sœur, vêtue toujours de la même chemise de nuit bleue, nageant au fond du lac, frôlée par des algues et des poissons noirs et visqueux… Il entreprend alors auprès du docteur Traub une psychanalyse pour tenter enfin de lever le voile sur ce qui s’est passé et de se sortir d’une vie de junkie sans avenir.

« Il me semblait que j’étais à nouveau contre cette porte, une pièce où l’on aurait enfermé les chagrins et les mystères de ma famille, peut-être de l’humanité tout entière, les espoirs déçus des mères de famille aux lèvres rouges, les parts d’ombre des pères qui mènent des existences parallèles, les secrets des jeunes filles, verrouillés sous leurs paupières maquillées, ou dans les cahiers qu’elles tiennent serrés contre leurs cœurs. »

Le style m’a fait penser à celui de Joyce Carol Oates (dans Petite sœur mon amour par exemple) ou de Laura Kassishke : le regard sur la société, les façades sociales et les failles familiales, le mensonge, les procédés d’écriture aussi. Un roman fiévreux et vénéneux, poétique et hypnotique. J’ai beaucoup aimé !! C’est encore un des romans que je présenterai aux élèves pour le prix Envie d’éLire.

Un extrait de l’article du Monde avec des remarques très intéressantes : « Summer est gorgé de métaphores et de comparaisons liquides, donnant l’impression que les personnages évoluent dans une lumière aqueuse, avec la lenteur qu’imprime l’eau aux mouvements. Celle-ci se glisse partout, dans Summer : l’eau qui baigne et qui noie, qui lave et qui fait pourrir. L’eau, surtout, qui ne parvient pas à effacer les péchés anciens, comme le rappelle la shakespearienne image d’une tache de sang sur un canapé blanc ; une tentative de nettoyage l’a fait rosir, mais aussi étendue – sur cette tache, après la disparition de sa sœur, Benjamin s’assoit, dans le vague espoir de la dissimuler à ses parents.

Tout, donc, dans ce Summer à l’obsédante beauté (et dont l’art de la comparaison rappelle celui de Joyce Carol Oates, jusque dans un certain excès d’images et de symboles), tourne autour de l’eau. A commencer par le nom de famille des protagonistes, Wassner. Comme le « Wasser » allemand, dans lequel un « n » vient semer le trouble ; avertir que l’onde pure est contaminée, sans doute par les secrets. »

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Les petites victoires

Grâce au Prix « Envie d’éLire », j’ai découvert cette magnifique BD, récit autobiographique servi par un joli dessin en noir et blanc comme je les aime, et qui m’a rappelé le bouleversant Tu n’es pas celle que j’attendais, de F. Toulmé. Là aussi c’est l’histoire d’un père dont le fils n’est pas exactement comme il l’attendait : Olivier est autiste, et quand ça lui tombe dessus, le monde s’écroule… mais patiemment, avec courage, énergie, créativité et un solide sens de l’humour, il va tenter de créer, peu à peu, un lien avec son fils et lui permettre de s’épanouir. Même si le couple se sépare assez vite, ils restent complices et soudés pour faire face à la maladie et agir ensemble pour le bien être de leur enfant. Ci-dessous la réaction face aux conseils de l’entourage médical !

C’est beau, émouvant, plein de vie et d’intelligence.

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Inséparables / Rage

Mes élèves de Seconde vont participer à un petit prix local (Prix Envie d’éLire), et doivent lire au moins trois bouquins parmi une série de 2 BD et 5 romans entre littérature jeunesse et jeune adulte. J’ai donc tout lu d’abord Inséparables, de l’auteur irlandaise Sarah Crossan, un roman original et intéressant déjà de par son sujet car « inséparables », elles le sont au sens littéral du terme, les sœurs Tippi et Grace, puisqu’elles sont siamoises, et ce qui aurait pu être plein de pathos et larmoyant est au contraire une histoire pleine de vie de deux adolescentes qui trouvent qu’il y a bien pire que de vivre au quotidien avec sa soeur… Elles qui ont toujours suivi l’école à la maison sont forcées d’intégrer un lycée et d’affronter ainsi le regard des autres. Heureusement elles font la rencontre de deux ados un peu différents, Yasmeen et Jon, avec lesquels elles vont pouvoir vivre enfin l’amitié… et même l’amour.

Cet équilibre pas banal mais que les deux siamoises vivent plutôt bien va être bouleversée lorsque Tippi tombe malade… Question de survie : il va falloir les séparer…

Je n’ai pas bien compris le parti pris de l’auteur d’écrire en vers libres, sous forme de courts chapitres, mais ça fonctionne bien, peut-être une manière d’épouser la pensée adolescente, et comme c’est traduit par une autre écrivain pour la jeunesse, Clémentine Beauvais (que je n’ai pas encore lue mais ça ne saurait tarder), c’est réussi ! Un beau roman sur l’adolescence, la différence et le handicap, à la fois plein d’humour et d’émotion.

Rage est un roman très court et percutant, c’est le surnom donné par son amie Artemis à une jeune fille qui a subi un traumatisme, dans un pays dont on ne connaîtra pas le nom. On sait juste qu’elle a dû vivre l’exil, le déchirement, la guerre et la violence des hommes. Du coup, en France, elle a du mal à s’adapter.

Lors d’une soirée où Artemis la traîne, Rage, par hasard, croise le chemin d’un chien de combat, blessé et qui fuit un maître maltraitant. Sans réfléchir, la jeune fille sauve ce chien, ce qui la sauvera elle-même… La questions des migrants et celle de la maltraitance animale se croisent dans ce roman intense, poignant et écrit avec justesse et sobriété.

Je pense que les élèves ne pourront qu’aimer ces deux romans !

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Une odyssée (un père, un fils, une épopée)

Cette année, avec mes élèves, je travaille sur l’aventure avec comme oeuvres imposées, entre autres, l’Odyssée d’Homère. Quel bonheur de travailler sur cette histoire à l’incroyable richesse !

Le livre de Daniel Mendelsohn y apporte encore un éclairage nouveau, stimulant, émouvant et très pertinent puisqu’il mêle sa lecture de l’Odyssée à sa propre histoire avec son père, Jay Mendelsohn, 81 ans, venu assister durant 5 mois, une fois par semaine, au séminaire que son fils faisait, en 2011, sur cette épopée. Il raconte cet épisode, puis, l’été suivant, leur croisière de 10 jours sur les traces d’Ulysse, en Grèce. En même temps, comme dans l’Odyssée, qui fait des allers-retours narratifs constants, il interroge le passé du père, le rapport pas du tout évident du jeune Daniel, homosexuel, peu sûr de lui, à ce père exigeant, autoritaire et jamais content, aux émotions toujours bridées, et devant son père de 81 ans, il s’interroge : « Combien de visages avait mon père au fond, me demandai-je ; et lequel était le « vrai » ? »

C’est étrange de devenir, pour quelques mois, le professeur de son propre père (pour l’anecdote : en 3e j’ai eu ma mère comme prof d’histoire-géo, c’était finalement une belle expérience pour elle comme pour moi, mais ce serait particulier si aujourd’hui, au milieu de mes étudiants auxquels je parle de l’Odyssée, de voir mon père au milieu d’eux prendre la parole sur ce texte ou critiquer ma manière de présenter les choses !!) Il raconte, avec beaucoup d’humour, le déroulement de ce séminaire, les interventions de ses étudiants et de son père qui ronchonne et râle sur ce héros qui n’en est pas un, selon lui , du style « Il n’y a que moi ici qui trouve que ce n’est pas des façons de traiter son équipage ?« , « C’est un menteur et il a trompé sa femme » ou « Pas du tout. A peine est-il en difficulté qu’il invoque l’aide des dieux« .

En même temps, il propose une lecture passionnante de ce texte antique qui d’après lui est, tout autant qu’un récit d’aventures ou une histoire d’amour conjugal, un texte sur la relation entre père et fils qui commence avec un fils (Télémaque) à la recherche de son père et se clôt par les retrouvailles émouvante entre un fils (Ulysse) et son père (Laërte).

Je me suis régalée, j’ai appris plein de choses et je vous recommande chaudement cette lecture !

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