Le carnet de recettes

Trouvé un peu par hasard, ce roman m’a fait passer un très bon moment ! Il est question de cuisine évidemment et j’ai découvert que l’auteur tenait des chroniques culinaires dans Libé et sur France Culture.

C’est raconté à la deuxième personne : ce « tu » c’est Henri, patron taiseux et bougon du Relais Fleuri et le « je » c’est son fils, Julien, élevé durant 10 ans entre ce père qui lui a donné le goût de la cuisine au biberon, par ses gestes, sans un mot de trop, et une mère, Hélène, agrégée de lettres. On se doutait bien qu’entre ces deux là, qui s’aiment pourtant, ça n’allait pas pouvoir durer… Un été, au retour de vacances que Julien avait passé chez son oncle Gaby, plus de présence féminine au foyer… Il faut grandir alors sans réponses, entre ce père en souffrance et qui ne vit que pour son métier, Nicole, la serveuse au grand cœur qui sert plus ou moins de mère à Julien et Lucien, l’ami de toujours. Quant au « carnet de recettes », c’est celui qu’Hélène a écrit sous la dictée d’Henri et qui reste introuvable après son départ…

Cette histoire qui aurait pu être mièvre ne l’est pas grâce à un style sobre et émouvant en même temps. Et puis on sent l’amour de la cuisine, qui imprègne chaque page de cette histoire. Il est aussi question de transmission, de liens familiaux, de secret et d’amour…

Un très joli moment ! (le titre était les recettes de la vie et il a changé !)

Et une anecdote : le roman commence sur la description des mains du père, pleines de cals et des cicatrices tant elles ont sorti des plats du four à mains nues… Et j’ai revu ma propre grand-mère, qui cuisinait beaucoup (elle avait 6 enfants) et sortait elle aussi les plats du four sans maniques, ce qui me fascinait…

« C’est un dimanche matin d’hiver, je dois avoir cinq ans. Un jour ensoleillé darde à travers les persiennes. Tu as beau marcher sur la pointe des pieds, tu fais grincer l’escalier de bois en descendant dans ta cuisine. Tu allumes la cuisinière à charbon, tu cognes le grand faitout dans l’évier en le remplissant, il te faut toujours de l’eau chaude quand tu es aux fourneaux. On a beau te répéter que le chauffe-eau est là pour ça, il faut que on eau frémisse sur la cuisinière. « Frémir, pas bouillir, tu dis. A cent degrés, ça tue tout, la flotte. » Puis il y a le bruit du moulin à café rugissant. Tu détestes les expressos du percolateur servis aux clients en salle. Il te faut ton « jus de caserne », comme tu dis. Un mélange d’arabica et de robusta qui donne un café acide au goût de brûlé. Tu en fais toujours pour un régiment dans une grande cafetière en métal. Tu la tiens au chaud sur le bord du piano jusqu’à ta dernière tasse, avant de monter te coucher. Il n’y a que toi pour boire ce café « raide comme la justice », dit Lucien en faisant infuser son thé. »

Il me sert pour deux challenges : le petit bac 2020 pour la catégorie « objet » et « des livres en cuisine » chez Fondant et Bidib.

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9 commentaires pour Le carnet de recettes

  1. Merci, Sandrion ! Une référence que je m’empresse de noter, tant ton billet est alléchant. Et l’anecdote concernant les mains de ta grand-mère : touchante et fascinante à la fois. Comment peut-on sortir des plats du four comme ça ?! Impressionnant !!! 🙂 Belle soirée.

  2. Syl. dit :

    Je retiens aussi l’anecdote de ta grand-mère. C’est fou ! C’est comme mon voisin qui arrache les ronces et les orties à mains nues. Et sinon, je note ce titre…

  3. Bidib dit :

    merci pour ta participation. J’avais noté chez noctambule, je renote 🙂

  4. aifelle dit :

    Moi j’arrive à me brûler en sortant un plat du four même avec des maniques !! j’ai deux mains gauche 😉 A part ça, c’est tentant.

  5. L'or rouge dit :

    Du même avis qu’Aifelle ; tentant :0)

  6. mrspepys dit :

    Je l’ai lu et beaucoup apprécié aussi.
    A l’occasion de sa sortie en poche (sous un autre titre, d’ailleurs : « Les recettes de la vie »), un recueil de recettes était disponible sur le site Folio… : ça pourrait te plaire.

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