Banquises

BanquisesValentine Goby va venir dans mon lycée en mars prochain (certains se souviennent peut-être que j’ai parlé aussi de Didier Daeninckx, on a la chance d’avoir la visite de 3 auteurs différents cette année !) Alors en prévision, moi qui ai adoré Kinderzimmer, je lis. D’elle j’avais lu aussi L’échappée (moyennement apprécié), Qui touche à mon corps je le tue (en forme de trois histoires liées, celle d’une jeune femme qui vient d’avorter, celle de son avorteuse, et celle du bourreau qui va couper la tête de cette avorteuse, dans les années 40) et La note sensible (mais il y a longtemps et je ne me souviens plus du tout du thème).

Ses romans tournent tous autour du corps féminin, souvent maltraité, sensible, écorché vif, dans toutes ses manifestations, ses douleurs et sa sensualité ainsi que la façon dont il réagit aux influences extérieures. Ici c’est de l’absence dont il s’agit, mais la dimension du corps est toujours présente.

En 1982, Sarah, 22 ans, prend l’avion pour le Groenland suite à une dépression… et ne revient pas. Une trentaine d’années plus tard, sa sœur Lisa fait le même trajet pour tenter de comprendre ce qui s’est passé. On suit au fil du roman le parcours de Lisa sur les traces de Sarah jusqu’à la petite île perdue de Uummannaq, avec pour seuls indices des photos floues. Mais rien n’est pareil : entre 1982 et 2010, la banquise a fondu, il fait aussi chaud en avril qu’en juillet, les décharges en plein air abondent, les pêcheurs n’ont plus rien à pêcher, et il faut même tuer les chiens, en surnombre. L’auteur rend très bien ce désenchantement du monde malgré la poésie du Grand Nord.

En parallèle, Valentine Goby retrace l’enfance des deux sœurs et la façon dont les parents et Lisa réagissent face à l’absence incompréhensible de Sarah, et j’ai trouvé que c’était très bien vu : la mère qui s’enferme dans un enfantement à répétition, refusant la mort, le père qui trouve une façon à la fois pragmatique, personnelle et pudique de retrouver le goût de vivre et Lisa qui doit se battre pour exister. Les « banquises » sont donc multiples dans ce beau roman tout en finesse.

« Des pêcheurs, tout le monde se font. Cinquante mille : 0,0007% de l’humanité. Mais il n’y a pas de petite histoire. D’événement périphérique. L’engloutissement de la banquise par les eaux tièdes est, déjà, un engloutissement du monde. »

Les avis de Mrs Pepys, Cathulu, plutôt positifs, Aifelle n’a pas aimé.

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3 commentaires pour Banquises

  1. aifelle dit :

    Je n’ai pas aimé en effet, il n’empêche je ferai une autre tentative, sans doute avec « qui touche à mon corps je le tue ».

  2. sous les galets dit :

    C’est fou dis donc, elle a beaucoup écrit Goby quand même. Je pense que c’est un livre qui peut me rendre complètement dépressive (le grand Nord qui agonise, je sais que ça va me donner envie de pleurer), mais l’histoire me tente quand même même (surtout pour les deux soeurs, avec moi ça marche à chaque fois).
    D’elle je n’ai lu que 7 jours, et je n’avais pas été emballée….
    Je ne sais pas si je dois réessayer avec elle…mais ce titre, tu le présentes tellement bien, que pourquoi pas!

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