Le voyant d’Etampes

Offert par mon père qui l’a pris un peu au hasard dans une super librairie de Paris (la couverture est belle !), je n’aurais probablement pas lu ce roman si j’avais juste regardé le résumé : un universitaire retraité de 60 ans, divorcé et alcoolique, un peu looser, se lance dans le projet d’écriture d’une biographie d’un poète américain méconnu, Robert Willow, qui s’est tué au volant dans l’Essonne dans les années 60. (encore une histoire de livre dans le livre et de mélange de réel – il évoque Barthes, SOS Racisme, différents hommes politiques ou de lettres – et de fiction, comme dans le prix Goncourt !) Il se dit que ce bouquin redorera un peu son blason et réussit même à le faire publier. Aucune réaction dans la presse à son grand désarroi sauf… dans un blog dans lequel l’auteur lui reproche de manière très véhémente de n’avoir pas mentionné que Robert Willow était… Noir ! Il n’en faut pas plus, dans le contexte de 2020 et Black Lives Matter pour mettre le feu aux poudres…

Ce roman à la première personne est surtout un portrait de notre génération, ceux, comme Jean Roscoff, qui ont manifesté avec SOS Racisme et qui ne voient sincèrement pas pourquoi on les traite de racistes (« Nous étions une gauche hors les murs et débraillée, nous étions une gauche solaire. Nous étions une jeunesse amoureux d’elle-même quand j’y pense. Oui, le narcissisme et la complaisance parcouraient cette masse joyeuse comme un venin invisible« ), comme les plus jeunes pouvant aller jusqu’à un discours carrément sectaire (comme la copine de la fille de Jean : « En gros la reine des souffrances (la quinte flush, celle qui fermait la gueule de tout le monde) était celle de l’individu racisé. Devant l’homme cisgenre racisé, même un transsexuel blanc s’inclinait : ses propres souffrances lui paraissaient soudain dérisoires.« ) C’est très bien écrit, avec un humour souvent au vitriol (entre V. Despentes et P. Roth), et surtout pas manichéen du tout et plutôt instructif sur le wokisme. La fin est réjouissante 🙂

Et j’ai appris que l’auteur était le compagnon de Claire Bérest, la soeur de Anne, celle qui a écrit La carte postale.

Et je coche la case lieu pour le challenge Petit Bac (et de 2 !)

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7 commentaires pour Le voyant d’Etampes

  1. keisha41 dit :

    Je tourne autour de ce roman depuis longtemps, j’emprunte, j’emprunte pas, tu vois? Toujours d’autres passent devant. ^_^ Mais là, quand même…

  2. Je n’ai pas autant accroché que l’ensemble des lecteurs, j’ai aimé mais sans plus mais sûrement parce que le sujet finalement ne m’intéressait pas trop et qu’il est souvent évoqué en ce moment (l’influence des réseaux sociaux)….. 🙂

  3. cathulu1 dit :

    Je note ce roman dont je n’avais pas entendu parler, merci !

  4. Je l’ai emprunté à la bibliothèque ce matin 😉

  5. Claudine Cavalier dit :

    Je l’ai lu et aimé, il est plus fin qu’il n’y paraît au premier abord, même si la satire sociale reste toujours un peu lourde. J’ai pensé à Houellebecq plutôt qu’à Philippe Roth en le lisant, mais ton rapprochement est intéressant.

  6. kathel dit :

    Les avis sont loin d’être unanimes à propos de ce roman, et, comme toi au départ, l’idée du livre dans le livre ne m’attire pas plus que ça… Bref, rien d’urgent.

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